Fil 01 · Exil et migration · 18 octobre 2026 · 2 min de lecture
Ce que la guerre n'a pas pris
En Syrie, la guerre a détruit la chocolaterie d'Isam Hadhad. À Antigonish, en Nouvelle-Écosse, des voisins l'ont aidé à recommencer, une petite cabane à la fois.

Le grenier à récits
En 2016, dans une cuisine d'Antigonish, en Nouvelle-Écosse, Isam Hadhad fait du chocolat.
Ses amis y goûtent le jour même. Puis la famille vend les petites bouchées au marché fermier de la ville. Une longue file se forme devant la table.
Isam n'en est pas à ses premiers chocolats.
Dans les années 1980, à Damas, en Syrie, il apprend seul le métier. Il emprunte des livres de recettes à la bibliothèque. Au début des années 1990, sa chocolaterie compte une trentaine d'employés. Ses douceurs voyagent partout au Moyen-Orient et jusqu'en Europe.
Puis vient la guerre. Des bombes détruisent la chocolaterie et la maison familiale.
Son fils Tareq le résume ainsi : en un clin d'œil, la famille a tout perdu.
Elle fuit au Liban. Elle y vit presque trois ans comme réfugiée.
En 2015, la nouvelle arrive : la famille fait partie des réfugiés syriens que le Canada accueille. Tareq arrive le premier à Antigonish, en plein hiver. Le reste de la famille le suit.
Quelques mois plus tard, Isam retrouve son métier, dans sa cuisine.
Autour de lui, une petite ville se met au travail. Le groupe de parrainage amasse 25 000 dollars. Une cinquantaine de bénévoles bâtissent une cabane à côté de la maison louée par la famille. Plombiers, électriciens et menuisiers donnent leur temps. Des gens de la place prêtent même de l'argent pour acheter les ingrédients.
En août 2016, la cabane devient une petite chocolaterie. La famille l'appelle Peace by Chocolate : la paix par le chocolat.
En septembre 2016, aux Nations unies, à New York, le premier ministre du Canada raconte leur histoire.
Une ville ne peut pas réparer une guerre. Mais elle peut aider quelqu'un à rallumer son four.
En 2022, l'entreprise fabrique plus de 60 confiseries. On les trouve dans deux boutiques en Nouvelle-Écosse et dans des épiceries partout au pays. Huit membres de la famille vivent et travaillent alors à Antigonish.
En octobre 2021, le dernier membre de la famille devient citoyen canadien.
Isam Hadhad parle ainsi du groupe qui les a accueillis, et de l'un de ses membres, Frank :
« Ils sont tous comme de la famille, et Frank est mon frère. »
La guerre a pris l'usine, mais pas le savoir-faire, ni le goût de partager. Ici, des voisins ont rendu à un homme ce qu'on ne peut pas acheter : une place parmi eux.
Et vous ?
Qui, autour de vous, porte un savoir-faire qu'il n'a pas encore eu l'occasion de partager ici ?
Chiffres
Sources
- Spreading joy through chocolate in Nova Scotia (Vacay.ca, 2022) vacay.ca
- A Family of Syrian Refugees Have Launched Canada's Hottest Chocolate Company (Saveur, 2017) www.saveur.com
- The Peace By Chocolate Story (Peace by Chocolate) peacebychocolate.ca
- The Hadhad Family (Musées de la Nouvelle-Écosse) museum.novascotia.ca
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