Fil 02 · Technologie et déshumanisation · 4 octobre 2026
Une place à la table
Ottawa vient de créer un conseil d'experts sur l'intelligence artificielle ; plus tôt cette année, une consultation populaire rappelait que les plus touchés doivent aussi être entendus.
1 · La scène
Dans le sous-sol d'une bibliothèque de quartier, une vingtaine de chaises pliantes forment un cercle. Au tableau, quelqu'un a écrit : « L'IA et nous ».
Un livreur raconte qu'une application décide de ses quarts de travail. Une enseignante parle des travaux que ses élèves ne rédigent plus tout à fait seuls. Une aînée, venue avec sa voisine, lève la main : « Si la machine se trompe sur moi, je parle à qui ? »
Personne n'a de réponse complète. Mais en remettant les chaises en place, chacun repart avec la même impression : pour une fois, on lui a demandé son avis.
Vignette originale
2 · Le cas documenté
Qui conseille, qui est consulté
Le 2 octobre, le premier ministre Mark Carney a lancé le Conseil national du premier ministre sur l'intelligence artificielle. Il compte treize membres, dont deux visages montréalais : Yoshua Bengio, pionnier de l'IA, et Valérie Pisano, PDG de Mila. Le conseil doit guider Ottawa sur l'adoption de l'IA, la recherche, les talents et l'infrastructure souveraine ; le premier ministre a ajouté qu'il aidera aussi à en gérer les risques.
Comment la stratégie fédérale « L'IA pour tous » a-t-elle été bâtie ? En octobre 2025, Ottawa a tenu un « sprint » de consultation de 30 jours. Plus de 11 300 personnes y ont participé ; leurs réponses ont été classées avec l'aide de modèles d'IA, puis validées par des humains. Dans une lettre ouverte, plus de 160 organisations et experts ont dénoncé un groupe de travail penchant fortement du côté de l'industrie, et un délai trop court pour que les personnes les plus touchées puissent participer.
Plutôt que de seulement protester, ces groupes ont lancé le 21 janvier 2026 leur propre Consultation populaire sur l'IA, avec des outils pour rédiger des contributions en groupe. Une table ronde citoyenne était notamment prévue à Montréal le 25 février. Le 30 mars, 65 contributions ont été transmises au premier ministre et à ses ministres : crainte des pertes d'emplois, appels à évaluer l'IA publique sous l'angle des droits de la personne, à plus de transparence en immigration et en police.
Le nouveau conseil réunit des expertises précieuses, notamment en sécurité de l'IA. Reste à savoir comment il entendra ceux que ces outils touchent en premier : livreurs, aînés, nouveaux arrivants, élèves. Une technologie qui transforme la vie de tous gagne à être pensée avec tous.
3 · La voix
« […] les plus durement touchés voient souvent l'avenir en premier, mais sont les derniers entendus. »
4 · La question
Quand des machines apprennent à décider pour nous, quelle voix de notre entourage, rarement écoutée, devrions-nous aider à se faire entendre ?
Sources
- Le premier ministre Carney lance un nouveau Conseil national sur l'intelligence artificielle (Cabinet du premier ministre, 2026) www.pm.gc.ca
- Ottawa launches new national AI council to advise on safety, deployment (La Presse Canadienne, via Yahoo Actualités, 2026, en anglais) ca.news.yahoo.com
- Engagements on Canada's next AI Strategy: Summary of inputs (Innovation, Sciences et Développement économique Canada, 2026, en anglais) ised-isde.canada.ca
- Civil Society Launches People's Consultation on AI Today (BC Civil Liberties Association, 2026, en anglais) bccla.org
- People's Consultation on AI attracts 65 submissions to feds (Future of Good, 2026, en anglais) futureofgood.co
- News & Updates (People's Consultation on AI, 2026, en anglais) www.peoplesaiconsultation.ca
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