Fil 02 · Technologie et déshumanisation · 25 septembre 2026
Un outil trop beau pour être honnête
La GRC a utilisé un logiciel de reconnaissance faciale bâti sur des photos que les commissaires jugent recueillies illégalement ; même la police doit savoir d'où viennent ses outils.
1 · La scène
Au comptoir d'un dépanneur de Saint-Hyacinthe, Karim tient un téléphone presque neuf, offert à moitié prix. Le vendeur hausse les épaules : « D'où il vient ? Aucune idée. »
Karim hésite. Le prix est bon, et il en a besoin. Mais si l'appareil a été volé à quelqu'un, l'acheter, c'est un peu devenir complice. Il le repose sur le comptoir.
Vignette originale
2 · Le cas documenté
La GRC et Clearview AI
En octobre 2019, la Gendarmerie royale du Canada achète deux licences du logiciel de reconnaissance faciale de Clearview AI, une entreprise dont la base de données a été bâtie en copiant des milliards de photos sur Internet. Selon le rapport spécial du Commissariat à la protection de la vie privée, déposé au Parlement le 10 juin 2021, l'entreprise a enregistré 521 recherches faites depuis des comptes de la GRC. Au moins 19 comptes existaient, dont 17 comptes d'essai gratuits.
Seulement 6 % environ de ces recherches semblent liées au travail d'identification de victimes du centre national contre l'exploitation des enfants. Environ 85 % ne sont expliquées d'aucune façon. Le Commissariat conclut que la GRC a enfreint la Loi sur la protection des renseignements personnels : un organisme public ne peut pas recueillir des renseignements auprès d'un tiers qui les a lui-même obtenus illégalement. La GRC conteste cette conclusion, mais accepte toutes les recommandations ; elle a aussi créé un programme pour évaluer les nouvelles technologies avant de s'en servir.
Le commissaire rappelle aussi que la reconnaissance faciale peut produire des résultats biaisés selon la race. En mai 2022, les commissaires fédéral, provinciaux et territoriaux demandent ensemble un cadre légal qui fixe des limites claires à la police, avec des « zones interdites » pour empêcher la surveillance de masse.
Reconnaître une erreur, écouter ceux qui la signalent, changer ses pratiques : c'est ainsi qu'une institution regagne la confiance de tous ceux qu'elle sert.
3 · La voix
« La reconnaissance faciale doit être utilisée de manière responsable et avec beaucoup de prudence. »
4 · La question
Si un outil nous fait gagner du temps mais repose sur le tort fait à d'autres, que coûte-t-il vraiment à notre communauté ?
Sources
- Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, rapport spécial au Parlement sur l'utilisation de Clearview AI par la GRC, 10 juin 2021. www.priv.gc.ca
- Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, communiqué, 10 juin 2021. www.priv.gc.ca
- Commissaires fédéral, provinciaux et territoriaux, appel à un cadre légal pour la reconnaissance faciale policière, 2 mai 2022. www.priv.gc.ca
Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.
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