Fil 02 · Technologie et déshumanisation · 25 septembre 2026

Trois milliards de visages sans permission

Une entreprise a copié des milliards de visages en ligne pour les vendre à la police ; quatre commissaires canadiens ont dit non ensemble.

1 · La scène

Au souper du dimanche, à Trois-Rivières, Josée fait défiler ses photos publiques : la graduation de son fils, le chalet, dix ans de sourires partagés avec les cousins.

Son neveu, étudiant en informatique, lui demande doucement : « Sais-tu qui d'autre peut les ramasser ? » Elle rit, puis s'arrête. Elle avait publié pour les siens, pas pour des inconnus qui trient des visages.

Vignette originale

2 · Le cas documenté

L'enquête commune sur Clearview AI

En février 2021, quatre autorités de protection de la vie privée publient les conclusions d'une enquête commune : le Commissariat fédéral, la Commission d'accès à l'information du Québec et leurs homologues de la Colombie-Britannique et de l'Alberta. Leur sujet : l'entreprise américaine Clearview AI, qui avait aspiré sur Internet plus de trois milliards d'images de visages, dont celles d'un grand nombre de personnes au Canada, enfants compris, pour vendre un outil de reconnaissance faciale.

Les commissaires concluent à une identification et à une surveillance de masse, faites sans consentement. Au pays, 48 comptes avaient été ouverts pour des corps policiers et d'autres organisations. L'entreprise avait quitté le marché canadien en juillet 2020, pendant l'enquête, mais elle a refusé les recommandations des commissaires.

En décembre 2021, la Commission d'accès à l'information ordonne à Clearview de cesser de recueillir des images de Québécois sans leur consentement et de détruire, dans un délai de 90 jours, celles déjà recueillies.

Ce qui frappe, c'est la voix commune. D'un bout à l'autre du pays, des institutions ont rappelé qu'un visage n'est pas une matière première. Il appartient à une personne, et à la communauté qui la reconnaît et la protège.

3 milliards+images de visages recueillies sans consentement
48comptes ouverts pour des organisations au Canada
90 joursdélai fixé par le Québec pour détruire les images

3 · La voix

« Ce que fait Clearview, c'est de la surveillance de masse, et c'est illégal. »
Daniel Therrien, commissaire à la protection de la vie privée du Canada, 2021 (traduction libre)

4 · La question

Quand vous partagez en ligne le visage de quelqu'un que vous aimez, qui devrait avoir son mot à dire sur ce qu'il devient ?

Sources

  1. Commissariat à la protection de la vie privée du Canada et homologues, Enquête conjointe sur Clearview AI, février 2021. www.priv.gc.ca
  2. Déclaration du commissaire Daniel Therrien, 3 février 2021. www.priv.gc.ca
  3. Commission d'accès à l'information du Québec, communiqué, 14 décembre 2021. www.newswire.ca

Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.

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