Fil 07 · Solitude numérique · 10 octobre 2026 · 2 min de lecture
Un bout de papier sur un banc de Cardiff
À Cardiff, Allison Owen-Jones a accroché un message à un banc de parc. Son idée invite aujourd'hui à jaser jusqu'à Dartmouth et Québec.

Le grenier à récits
Un jour, dans le quartier Roath, à Cardiff, au pays de Galles, Allison Owen-Jones promène son chien. Sur un banc de parc, un homme âgé est assis seul.
Le chien s'approche de lui. Le visage de l'homme s'illumine. Puis le chien repart, et son expression retombe.
Allison se demande s'il aimerait de la compagnie. Mais aborder un inconnu l'intimide. Comment savoir si l'autre a envie de parler ?
Elle trouve une réponse toute simple. Elle imprime un message sur du papier vert, le plastifie, perce deux trous et l'attache à un banc. On y lit : « Assoyez-vous ici si ça ne vous dérange pas qu'on s'arrête pour vous dire bonjour. »
Son fils partage ensuite la photo d'une affiche sur les réseaux sociaux. Elle récolte des centaines de « j'aime ».
Un écran peut isoler. Il peut aussi renvoyer les gens dehors, vers un banc.
En 2019, ce fils, conseiller municipal, présente l'idée à la Ville de Cardiff. La Ville installe ensuite trois bancs permanents, dans les parcs Bute, Hailey et Roath Pleasure Gardens. L'idée traverse les frontières : États-Unis, Canada, Nouvelle-Zélande, et jusqu'à Cracovie, en Pologne.
À Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, le conseil de santé communautaire présente le projet à la municipalité dès 2019. En 2022, 20 bancs y invitent les passants à la conversation.
À Québec, la Ville compte aujourd'hui 21 « bancs à jasette », bleus, dans six arrondissements. Leur but : briser l'isolement social et favoriser les discussions entre des personnes qui ne se connaissent pas.
D'une ville à l'autre, le même petit écriteau fait son chemin.
Le chemin reste long. En juin 2025, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un constat.
Environ une personne sur six vit la solitude dans le monde. Celle-ci serait liée à plus de 871 000 décès par année, environ 100 chaque heure.
Les jeunes ne sont pas épargnés. De 17 à 21 % des 13 à 29 ans se disent seuls. Et une personne seule court deux fois plus de risques de souffrir de dépression.
Aujourd'hui, 10 octobre, c'est justement la Journée mondiale de la santé mentale.
L'OMS propose des gestes à notre portée. Saluer un voisin. Ranger son téléphone pendant une conversation. Se joindre à un groupe ou faire du bénévolat.
Allison Owen-Jones dit ce qu'elle cherche avec ses bancs :
« Soudain, on les voit, et c'est ce que je veux : que les gens soient vus. »
Un banc ne guérit pas la solitude, mais il rappelle qu'on devient quelqu'un par les autres. Ce « nous » commence souvent par un simple bonjour.
Et vous ?
Sur quel banc, dans quelle file d'attente ou dans quel corridor de votre quotidien pourriez-vous offrir un bonjour cette semaine ?
Chiffres
Sources
- Social connection linked to improved health and reduced risk of early death (Organisation mondiale de la santé, 2025) www.who.int
- Take a pew in the park if a chinwag brightens your day (Western Mail, 2021) www.pressreader.com
- Meet the woman behind the Happy to Chat benches (The Cardiffian, 2020) cardiffjournalism.co.uk
- Happy to Chat benches in Dartmouth encourage strangers to start talking (CBC News, 2022) amp.cbc.ca
- Bancs à jasette (Ville de Québec, 2026) www.ville.quebec.qc.ca
Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.
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