Fil 07 · Solitude numérique · 4 octobre 2026
Des amis en ville
Dans le Winnipeg des années 1950, des femmes autochtones ont ouvert un lieu d'accueil pour ceux qui arrivaient seuls en ville ; le mouvement compte aujourd'hui plus de 120 centres.
1 · La scène
Elle est descendue de l'autobus avec une valise et l'adresse d'une cousine qui a déménagé sans prévenir. La ville est grande, bruyante, et personne ne parle sa langue.
Au dépanneur, un homme remarque son air perdu. Il griffonne une adresse sur un bout de carton : « Va là. Ils vont t'aider. »
Derrière la porte, il y a du thé, une table de couture, un babillard plein d'annonces de logements. Une femme lui demande d'où elle vient, et répond qu'elle connaît sa tante. Pour la première fois depuis le matin, elle s'assoit.
Vignette originale
2 · Le cas documenté
Une porte ouverte pour ceux qui arrivent
Au début des années 1950, de plus en plus de membres des Premières Nations et de Métis s'installent à Winnipeg, souvent jeunes, parfois tout juste sortis des pensionnats. Aucun organisme ne répond alors à leurs besoins : logement, emploi, soins, et simplement un endroit où se retrouver.
Des femmes prennent les devants. En 1954, Marion Meadmore, originaire de la Nation de Peepeekisis en Saskatchewan, s'associe à d'autres militants pour créer l'Urban Indian Association. En juin 1958, lors d'une conférence sur les Indiens et les Métis, la travailleuse sociale Mary Guilbault propose de créer un centre d'orientation. Dorothy Betz, née en 1929 dans la Première Nation de Pine Creek, au Manitoba, compte parmi les personnes les plus engagées dans sa fondation. En 1959, l'Indian and Métis Friendship Centre ouvre ses portes au 376, rue Donald : groupes de couture, conférences d'histoire, bibliothèque. Dorothy Betz y fera sept ans de bénévolat avant de diriger son programme d'accompagnement en justice.
Le mouvement grandit. L'Association nationale des centres d'amitié voit le jour en 1972 et représente aujourd'hui plus de 120 centres. Au Québec, 11 centres d'amitié autochtones offrent des services dans 14 villes ; celui de Montréal a été fondé en 1974.
À l'heure où tant de gens arrivent en ville avec un téléphone pour seule boussole, ces centres rappellent une chose simple : on ne s'enracine pas dans une ville par écran interposé, mais grâce à quelqu'un qui vous ouvre la porte et vous reconnaît.
3 · La voix
« Un wampum est en soi un contrat d'amitié, surtout celui-ci. »
4 · La question
Qui, dans notre ville, vient d'arriver sans personne pour l'attendre, et quelle porte pourrions-nous lui indiquer, ou lui ouvrir nous-mêmes ?
Sources
- Marion Meadmore, Mary Guilbault and Dorothy Betz: Celebrating Indigenous women's leadership in the early years of the Friendship Centre Movement and beyond (Bibliothèque et Archives Canada, 2024, en anglais) thediscoverblog.com
- Mois de l'histoire des femmes : hommage aux contributions (Bibliothèque et Archives Canada, 2025) www.canada.ca
- Centres d'amitié (L'Encyclopédie canadienne) thecanadianencyclopedia.ca
- Au sujet du RCAAQ (Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec) www.rcaaq.ca
- About us (Centre d'amitié autochtone de Montréal, en anglais) nfcm.org
- Celebrating 50 years of the Friendship Centre (The Eastern Door, 2025, en anglais) easterndoor.com
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