Fil 06 · Économie et inégalité · 4 octobre 2026
L'entraide avant tout
En 1902, des épouses et des filles de porteurs ferroviaires fondaient à Montréal le Coloured Women's Club, pour soutenir leur communauté là où les œuvres de charité fermaient leur porte.
1 · La scène
Dans une cuisine de la Petite-Bourgogne, la marmite fume depuis l'aube. Sur la table, une liste écrite à la main : la famille du deuxième, dont le père est en voyage sur la ligne de Toronto ; la jeune mère seule de la rue voisine ; le monsieur qui tousse.
On frappe. Une femme entre avec un sac de pommes de terre, une autre avec des bottes d'enfant presque neuves. Personne ne demande qui a droit à quoi.
Quand les bols sont prêts, la plus âgée noue son foulard et dit simplement : « On commence par en haut. »
Vignette originale
2 · Le cas documenté
Un club pour ne laisser personne seul
Au début du XXe siècle, bien des hommes noirs de Montréal travaillent comme porteurs dans les wagons-lits, loin de chez eux des jours durant. En 1902, des épouses et des filles de ces porteurs fondent le Coloured Women's Club of Montreal. Anna Greenup, née en Ohio, en est cofondatrice et première présidente. Selon Canada's History, le club naît parce que les œuvres de charité dirigées par des Blancs refusaient d'aider les femmes noires dans le besoin.
Le club accueille et héberge des vétérans de la guerre des Boers, ouvre des soupes populaires, distribue des vêtements, soigne les malades, conseille les mères seules, aide les sans-abri et les chômeurs de Saint-Henri et de Saint-Antoine. Il offre aussi des bourses à des élèves noirs et aide des familles à acheter une concession funéraire. Ses membres contribuent à fonder l'Union Congregational Church, aujourd'hui l'Union United Church, première grande église de la communauté noire montréalaise.
L'Encyclopédie canadienne le présente comme la première organisation de femmes noires au Canada. Plus d'un siècle plus tard, son héritage porte un nom : depuis 1997, le Québec remet le Prix Anne-Greenup pour la solidarité, et en 2004 ont été inaugurées les Habitations Anne-Greenup, 26 logements sociaux. L'entraide n'y était pas un supplément à l'économie : c'était l'économie de ceux qu'on laissait dehors. Aujourd'hui encore, quand l'aide publique tarde, ce sont souvent des femmes qui organisent la marmite commune.
3 · La voix
« venir en aide aux Noirs de Montréal par tous les moyens dont il dispose »
4 · La question
Dans notre quartier, qui organise déjà la marmite commune, et comment pourrions-nous lui prêter main-forte plutôt que d'attendre qu'on nous le demande ?
Sources
- L'Union United Church au cœur des revendications de la communauté noire (MEM – Centre des mémoires montréalaises) ville.montreal.qc.ca
- Anna Greenup (L'Encyclopédie canadienne) thecanadianencyclopedia.ca
- Black Women Lead the Way (Canada's History, en anglais) www.canadashistory.ca
- The legacy and impact of organizations led by Black women in Canada (Patrimoine canadien, en anglais) www.canada.ca
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