Fil 05 · Guerre et réconciliation · 21 octobre 2026 · 2 min de lecture
Un carré de peau d'orignal
En 2011, un père et sa fille de 16 ans chassent l'orignal le long de la « route des larmes », en Colombie-Britannique. De la peau de l'animal naîtra un mouvement contre la violence faite aux femmes.

Le grenier à récits
En 2011, en territoire traditionnel carrier, en Colombie-Britannique, Paul Lacerte et sa fille Raven chassent l'orignal. Elle a 16 ans.
Ils longent la route 16, entre Prince George et Prince Rupert. On la surnomme la « route des larmes ». De nombreuses femmes et filles autochtones y ont disparu ou y ont été tuées.
Paul revient d'une conférence sur la violence faite aux femmes, à Vancouver. Dans la salle, il y avait des centaines de femmes. Les hommes, eux, n'étaient que quatre.
Une question les accompagne : où sont les hommes ?
Après la chasse, Paul a une idée. Il va se servir de la peau de l'orignal pour inviter les hommes à s'engager.
Avec sa famille et des amis, il découpe les 2 500 premiers petits carrés de peau. Chacun est fixé à une épingle. On le porte au revers du manteau.
Le geste est simple. Porter ce carré, c'est s'engager à honorer, respecter et protéger les femmes et les enfants. Et c'est une façon d'ouvrir la conversation.
Ainsi naît la campagne Moose Hide, la campagne de la peau d'orignal.
Aujourd'hui, ce sont des femmes autochtones qui fabriquent les carrés. Elles sont payées pour ce travail. Les peaux viennent de chasseurs traditionnels ou d'animaux tués sur les routes. Aucun orignal n'est chassé seulement pour la campagne.
Les épinglettes sont gratuites, partout au Canada, et la livraison aussi.
Un petit geste visible peut ouvrir de grandes conversations.
Le mouvement grandit vite. Des élèves d'une école de Fraser Lake relèvent le « défi des dix hommes » et jeûnent une journée. En 2018, la Colombie-Britannique accorde deux millions de dollars au mouvement. La province proclame aussi le 11 février Journée de la campagne Moose Hide.
Plus de deux millions de carrés ont déjà été distribués.
Il reste beaucoup à faire. Selon Raven Lacerte, plus de 4 000 femmes et filles autochtones ont été assassinées ou ont disparu au Canada en 30 ans. Le mouvement vise maintenant dix millions de carrés et un jeûne d'un million de personnes.
Chacun peut en commander un, le porter, et en parler autour de soi.
Raven Lacerte explique ce qu'elle cherchait, dès le départ :
« Je voulais faire quelque chose qui soit centré sur l'amour et la guérison. »
La sécurité des femmes n'est pas l'affaire des femmes seulement. Elle repose sur un « nous » où chacun, et surtout chaque homme, prend sa part.
Et vous ?
Quel geste visible, dans votre milieu, pourrait montrer que la sécurité des femmes et des enfants est l'affaire de tout le monde ?
Chiffres
Sources
- Two Sisters, Two Movements (Cultural Survival, 2021) www.culturalsurvival.org
- Moose Hide campaign (Wikipédia) en.wikipedia.org
Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.
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