Fil 05 · Guerre et réconciliation · 6 octobre 2026
Côte à côte, au cimetière de Pitalito
Dix ans après le « non » au plébiscite de paix en Colombie, d'anciens chefs des FARC et d'anciens militaires cherchent ensemble les disparus, au lieu d'aller en prison.
Le grenier à récits
Derrière la clôture du cimetière, une femme tient une photo plastifiée, un peu jaunie. Son frère avait vingt ans. Elle n'est pas venue pardonner. Elle est venue voir s'ils cherchent vraiment.
Dans la fosse, deux hommes en gilets identiques passent la terre au tamis. L'un portait autrefois l'uniforme de l'armée, l'autre celui de la guérilla. Ils se tendent le seau sans parler.
À la pause, le plus vieux s'approche de la clôture et lui demande le nom de son frère. Elle hésite, puis le dit. Il l'écrit dans un carnet, lentement, en lui faisant épeler chaque lettre.
(Cette scène est inventée. Ce qui suit ne l'est pas.)
Ce cimetière est au bout d'un long chemin. Le 2 octobre 2016, les Colombiens rejettent de justesse l'accord de paix signé quelques jours plus tôt avec la guérilla des FARC.
Le « non » l'emporte à 50,21 %. Cinq jours plus tard, le prix Nobel de la paix est décerné au président Juan Manuel Santos.
Un accord renégocié est signé le 24 novembre 2016, à Bogotá. Il crée la Juridiction spéciale pour la paix, la JEP.
Son principe : qui reconnaît ses crimes et dit la vérité échappe à la prison. Mais il doit réparer.
Le 16 septembre 2025, la JEP condamne les sept membres du dernier secrétariat des FARC. Elle retient contre eux au moins 21 396 faits liés aux enlèvements.
Leur peine va jusqu'à huit ans. Elle comprend le déminage, la restauration de l'environnement, des projets de mémoire et la recherche des disparus.
Ils portent un bracelet électronique. Leurs déplacements sont restreints.
Le 21 septembre dernier, la peine a commencé au cimetière San Antonio de Padua de Pitalito, dans le Huila.
Depuis décembre 2024, 54 corps non identifiés y ont été retrouvés. Neuf ont été rendus à leurs familles.
Jusqu'au 30 septembre, les ex-commandants y ont travaillé aux côtés d'officiers de l'armée. Ces officiers ont reconnu leur responsabilité dans des exécutions extrajudiciaires.
D'anciens ennemis, la même pelle à la main.
Rien n'est réglé pour autant. Des proches de personnes enlevées doutent que les leurs reposent dans ce cimetière. Ils demandent qu'on les cherche plutôt dans les montagnes, près des anciens campements.
Au Congrès, le prochain budget accorderait à la JEP bien moins que demandé. L'unité chargée de retrouver les disparus pourrait devoir fermer la moitié de ses centres médico-légaux.
Le 28 septembre, l'ONU a salué ce travail commun et demandé qu'on le finance. Son Haut-Commissaire aux droits de l'homme y a vu :
« une contribution puissante à la vérité, à la réparation et à la guérison »
On ne guérit pas seul d'une guerre : on guérit par le lien, et une paix se tient à plusieurs mains.
La question
Quelle blessure, autour de nous, n'attend ni la vengeance ni l'oubli, mais des mains prêtes à réparer côte à côte, même celles d'anciens adversaires ?
Chiffres
Sources
- « Una vez más, cumplimos », dijo el antiguo Secretariado de las Farc al empezar su sanción ante la JEP (Minuto60, 2026, en espagnol) minuto60.com
- ¿Por qué Pitalito fue el epicentro del primer trabajo conjunto entre exjefes Farc y militares? (El Tiempo, 2026, en espagnol) www.eltiempo.com
- Colombia: Türk welcomes landmark restorative justice steps involving former FARC leaders and army officers (Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, 2026, en anglais) www.ohchr.org
- Plebiscito por la Paz en Colombia, 10 años después (Infobae, 2026, en espagnol) www.infobae.com
- Personas buscadas por Timochenko en cementerio no serían víctimas de las Farc (Noticias RCN, 2026, en espagnol) www.noticiasrcn.com
- Colombia, October 2026 Monthly Forecast (Security Council Report, 2026, en anglais) www.securitycouncilreport.org
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