Fil 05 · Guerre et réconciliation · 30 septembre 2026

Jordan d'abord : quand l'enfant passe avant la paperasse

Mort en 2005 pendant que deux gouvernements se disputaient la facture de ses soins, Jordan River Anderson a donné son nom à un principe simple : l'enfant d'abord.

1 · La scène

Le souper du dimanche est servi. Une grand-mère place, comme toujours, une chaise de plus au bout de la table. « Pour celui qui arrivera en retard », dit-elle.

Personne ne sait qui viendra. Ce n'est pas la question. Chez elle, on ne demande pas à un enfant qui a faim de quelle maison il vient avant de lui tendre une assiette. On le sert d'abord. On discute ensuite.

Ce soir-là, la chaise reste vide. Elle ne la range pas pour autant.

Vignette originale

2 · Le cas documenté

Le principe de Jordan

Jordan River Anderson, de la Nation crie de Norway House, au Manitoba, est mort à l'hôpital en 2005, à cinq ans, pendant qu'Ottawa et le Manitoba n'arrivaient pas à s'entendre sur qui devait payer ses soins à domicile. Son nom est devenu un principe : quand un enfant des Premières Nations a besoin d'un service, on le lui donne d'abord, et les gouvernements règlent la facture ensuite.

Le 26 janvier 2016, le Tribunal canadien des droits de la personne a conclu que le financement fédéral des services à l'enfance et à la famille des Premières Nations était discriminatoire, et a ordonné au Canada de cesser d'appliquer sa définition étroite du principe de Jordan. Le 24 octobre 2023, la Cour fédérale a approuvé un règlement de 23,34 milliards de dollars pour indemniser les enfants et les familles lésés ; plus de 300 000 personnes y seraient admissibles, selon CBC.

La réforme à long terme reste en chantier. En octobre 2024, les Premières Nations réunies en assemblée ont rejeté une entente finale de 47,8 milliards de dollars. En décembre 2025, Ottawa a annoncé 35,5 milliards d'ici 2033-2034 pour une approche menée par les Premières Nations, et des ententes régionales se négocient ; celle de l'Ontario a été approuvée par le Tribunal en mars 2026.

Ce chemin, ce sont d'abord des familles, des chefs et la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations qui l'ont ouvert, au fil de longues années de procédures. Il reste à faire en sorte qu'aucun enfant n'attende plus jamais qu'un formulaire décide de son sort.

23,34 milliards $règlement d'indemnisation approuvé en 2023
300 000+personnes admissibles, selon CBC
35,5 milliards $annoncés d'ici 2033-2034 pour la réforme

3 · La voix

« Que cette fois, les mots aient un sens, et que ce sens change les comportements. »
Cindy Blackstock, directrice générale de la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations, CBC News, 2023 (traduction libre)

4 · La question

Quand un enfant attend, combien de temps sommes-nous prêts à laisser nos institutions se disputer avant de dire : « cet enfant est le nôtre » ?

Sources

  1. Services aux Autochtones Canada, communiqué sur le règlement approuvé par la Cour fédérale, 2023 www.canada.ca
  2. Services aux Autochtones Canada, chronologie du principe de Jordan, 2025 www.sac-isc.gc.ca
  3. Services aux Autochtones Canada, règlement et réforme à long terme, 2026 isc.gc.ca
  4. CBC News, 2023 www.cbc.ca
  5. Portail de recherche sur la protection de l'enfance, décision 2016 TCDP 2, 2016 cwrp.ca

Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.

Mots-clés

À lire aussi

Fil 05

Juger la personne, pas seulement le geste

Depuis les arrêts Gladue et Ipeelee, un juge doit tenir compte de l'histoire d'une personne autochtone avant de la condamner. Pourtant, les prisons fédérales n'ont jamais été aussi autochtones.

Lire
Fil 05

Le jour où le Québec a demandé pardon

Après la commission Viens, le premier ministre du Québec a présenté des excuses aux Premières Nations et aux Inuit en 2019. Le vrai travail commençait.

Lire
Fil 03

231 appels, et une chandelle par nom

En 2019, l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a lancé 231 appels à la justice. Des années plus tard, les familles comptent encore ce qui reste à faire.

Lire