Fil 01 · Exil et migration · 25 septembre 2026
La taxe d'entrée : le prix d'une porte
De 1885 à 1923, les immigrants chinois devaient payer pour entrer au Canada. En 2006, Ottawa a présenté des excuses complètes.
1 · La scène
Dans l'arrière-boutique d'une pâtisserie du Quartier chinois de Montréal, une adolescente aide son grand-père à vider un vieux classeur. Entre deux factures, elle trouve un papier jauni, un certificat au nom d'un ancêtre, avec un montant écrit à la main.
« C'est quoi, 500 $ ? » demande-t-elle. Le grand-père se tait un moment. « Le prix pour avoir le droit d'être ici. » Puis il replie le papier avec soin, comme on plie quelque chose de précieux.
Vignette originale
2 · Le cas documenté
La taxe d'entrée imposée aux immigrants chinois
À partir de 1881, plus de 15 000 travailleurs chinois participent à la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique, ce lien d'acier qui relie le pays d'un océan à l'autre. Environ un millier y laissent leur vie. Mais une fois la voie terminée, le pays leur tourne le dos. En 1885, une loi impose une taxe d'entrée de 50 $ aux immigrants chinois. En 1903, elle atteint 500 $, soit environ deux ans de salaire.
Selon L'Encyclopédie canadienne, quelque 82 000 immigrants chinois ont payé près de 23 millions de dollars en taxe. Le coût était tel que beaucoup d'hommes ne pouvaient faire venir leur famille : des femmes, des enfants, des parents sont restés en Chine, parfois pour toujours. Le 1er juillet 1923, la taxe disparaît, mais elle est remplacée par une loi qui interdit presque toute immigration chinoise, jusqu'en 1947.
Le 22 juin 2006, le premier ministre Stephen Harper présente, à la Chambre des communes, des excuses complètes aux Canadiens d'origine chinoise, en prononçant même une phrase en cantonais. Des paiements symboliques de 20 000 $ sont offerts aux personnes ayant payé la taxe encore vivantes et aux conjoints survivants. Rien ne rend les années perdues. Mais reconnaître la blessure permet enfin de raconter l'histoire ensemble, et de rappeler que ce pays a aussi été bâti par ceux à qui l'on faisait payer le droit d'y vivre.
3 · La voix
« Ce fut une grave injustice, que nous avons le devoir moral de reconnaître. »
4 · La question
Quelles « taxes invisibles » demandons-nous encore, parfois sans le vouloir, à ceux qui arrivent, et comment pourrions-nous les alléger ensemble ?
Sources
- L'Encyclopédie canadienne, « Chinese Head Tax in Canada ». www.thecanadianencyclopedia.ca
- Gouvernement du Canada, « Address by the Prime Minister on the Chinese Head Tax Redress », 22 juin 2006. www.canada.ca
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