Fil 06 · Économie et inégalité · 25 septembre 2026

Le CV et le nom

En 2012, un test mené à Montréal avec des CV fictifs montrait qu'à compétences égales, le nom pesait lourd dans l'accès à une entrevue.

1 · La scène

Un dimanche soir, dans un appartement de Rosemont, deux amies relisent leurs CV côte à côte. Même cégep, même diplôme en communication, même stage dans le même organisme. Elles rient : on dirait des jumelles sur papier.

Trois semaines plus tard, l'une a passé deux entrevues. L'autre attend encore un premier appel. Ce soir-là, elles comparent de nouveau leurs feuilles, ligne par ligne. Une seule ligne diffère vraiment : la toute première, celle du nom.

Vignette originale

2 · Le cas documenté

Mieux vaut se nommer Bélanger que Traoré

Entre décembre 2010 et mai 2011, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) a mené une expérience simple et rigoureuse dans le Grand Montréal. Pour 581 offres d'emploi réelles, en marketing, ressources humaines, communications, service à la clientèle et secrétariat, ses chercheurs, sous la direction du sociologue Paul Eid, ont envoyé deux CV équivalents : l'un portant un nom à consonance québécoise, l'autre un nom d'origine africaine, arabe ou latino-américaine.

Les résultats, publiés en mai 2012, sont clairs. À compétences égales, le candidat au nom québécois avait au moins 60 % plus de chances d'être invité en entrevue. Le taux net de discrimination mesuré atteignait 35 %. La Commission en concluait que les difficultés d'insertion de certains groupes ne s'expliquent pas seulement par la compétence ou l'expérience.

Cette méthode, qu'on appelle le « testing », ne vise personne en particulier : elle révèle un réflexe collectif, souvent inconscient. Et ce qui se mesure peut se corriger. Grilles d'évaluation communes, tri des candidatures à plusieurs, attention portée au parcours plutôt qu'au nom : autant de gestes simples qui rappellent l'esprit ubuntu, où chaque personne mérite d'être rencontrée avant d'être jugée.

581offres d'emploi testées avec deux CV équivalents, Grand Montréal, 2010-2011
60 %plus de chances d'entrevue, au minimum, pour un nom à consonance québécoise
35 %taux net de discrimination mesuré par la CDPDJ

3 · La voix

« Mieux vaut se nommer Bélanger que Traoré »
Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, titre du communiqué présentant l'étude, 2012

4 · La question

Si votre nom était la seule chose qu'on lisait de vous, qui, autour de vous, prendrait le temps de lire le reste ?

Sources

  1. CDPDJ, « Mieux vaut se nommer Bélanger que Traoré », communiqué, 29 mai 2012. www.cdpdj.qc.ca
  2. Paul Eid (CDPDJ), Mesurer la discrimination à l'embauche subie par les minorités racisées, mai 2012. www.cdpdj.qc.ca

Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.

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