Fil 06 · Économie et inégalité · 29 octobre 2026 · 2 min de lecture

La chance qu'elle n'a pas eue

Toute sa vie, Oseola McCarty a lavé le linge des autres au Mississippi, pour quelques pièces. En 1995, elle a donné 150 000 dollars pour que d'autres puissent étudier.

Photo : Administration Building, USM Campus, Hattiesburg · hattiesburgmemory · CC BY 2.0 · via Wikimedia Commons

Le grenier à récits

En 1995, à Hattiesburg, au Mississippi, une femme de 87 ans prend une décision seule.

Elle vient de prendre sa retraite. Toute sa vie, elle a lavé et repassé le linge des autres. On l'a payée surtout en petits billets et en monnaie.

Elle s'appelle Oseola McCarty. Elle a économisé 280 000 dollars.

Elle en garde pour vivre, pour son église et pour trois proches. Puis elle donne 150 000 dollars à l'Université du Mississippi du Sud. Pour des bourses. Pour des étudiants qui n'ont pas les moyens.

Elle est née en 1908. Elle a grandi à Hattiesburg avec sa grand-mère et sa tante.

En sixième année, sa tante tombe malade et ne peut plus marcher. La petite Oseola quitte l'école pour s'occuper d'elle. Elle reprend aussi son travail : laver le linge.

Elle ne retournera jamais à l'école.

Dès l'âge de huit ans, elle met de côté les pièces qu'elle gagne. Elle va elle-même à la banque. Elle ne sait pas comment on fait. Elle apprend.

Pendant des décennies, elle lave à la main. Le feu, l'eau, le linge qu'on tord, les chemises blanches qui brillent sur la corde. Un jour, elle essaie une laveuse automatique. Elle trouve qu'elle rince mal, et que la sécheuse jaunit le blanc. Elle revient à la main.

Elle prend ce qu'il faut pour l'épicerie et les factures. Elle épargne le reste. Elle ne retire jamais rien.

Elle a choisi l'université à deux pas de chez elle. Une université qui, autrefois, n'acceptait pas les Noirs. Maintenant, ils peuvent y aller, disait-elle. Alors cet argent doit leur revenir.

Elle a expliqué son geste simplement :

« Je veux donner à un enfant la chance que je n'ai pas eue. »
Oseola McCarty, Ebony, 1995 (traduction libre)

La première boursière s'appelle Stephanie Bullock. Elle a 18 ans. Elle a un frère jumeau, et sa famille ne peut pas payer l'université pour les deux. Quand elle rencontre sa bienfaitrice, elle la serre dans ses bras et la remercie.

Elle finira par la considérer comme une grand-mère.

Le geste touche le pays. Plus de 600 personnes donnent à leur tour. Le fonds triple.

Oseola McCarty reçoit la Médaille présidentielle des citoyens et un doctorat honorifique de Harvard. Elle meurt le 26 septembre 1999, à 91 ans.

On dit souvent qu'il faut être riche pour changer des vies. Une laveuse de linge du Mississippi a prouvé qu'il suffit parfois de penser aux enfants qui viendront après soi.

Et vous ?

Quelle chance avez-vous reçue que d'autres n'ont pas eue ? Comment pourriez-vous la transmettre ?

Faire voyager ce récit

Chiffres

150 000dollars donnés en 1995 pour des bourses d'études
8ans : l'âge où elle commence à épargner
600personnes et plus qui ont donné après elle

Sources

  1. The Washerwoman Philanthropist (Ebony, 1995, reproduit par l'Université d'État de l'Oregon) courses.ecampus.oregonstate.edu
  2. Oseola McCarty (Philanthropy Roundtable) www.philanthropyroundtable.org
  3. The Ones Who Know How to Save (Philanthropy Roundtable) www.philanthropyroundtable.org
  4. Oseola McCarty (1908-1999) (BlackPast) new.blackpast.org

Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.

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