Fil 06 · Économie et inégalité · 25 octobre 2026 · 2 min de lecture
Le 229e client
Un matin de décembre, à Winnipeg, 228 automobilistes paient tour à tour le café de la voiture suivante. Un geste qui rappelle une vieille coutume de Naples : le café « suspendu ».

Le grenier à récits
Un matin de décembre 2012, dans le sud-est de Winnipeg, une voiture s'arrête au service au volant d'un Tim Hortons.
Le conducteur commande. Puis il paie aussi la commande de la voiture derrière lui.
La personne suivante arrive au guichet. Sa commande est déjà payée. Alors elle fait la même chose pour la voiture d'après.
Et ça continue. Une voiture, puis une autre, puis une autre encore.
Pendant environ trois heures, 228 clients de suite paient la commande de l'inconnu qui les suit.
Le 229e client, lui, repart avec quatre cafés payés par la voiture d'avant. Et il laisse à la suivante une facture de trois cafés.
La chaîne s'arrête là. Mais 228 gestes ont eu le temps de passer de main en main.
Chez Tim Hortons, une porte-parole, Michelle Robichaud, reconnaît qu'on n'avait jamais vu une chose de cette ampleur.
Ce geste a une très vieille cousine, en Italie.
À Naples, il y a environ un siècle, une personne qui avait eu un coup de chance entrait au café. Elle commandait un café, mais en payait deux. Le second restait « suspendu » : caffè sospeso.
Le barista le notait dans un cahier. Plus tard, quelqu'un de moins chanceux entrait et demandait s'il y avait un café suspendu. Il le buvait gratuitement.
Celui qui donne et celui qui reçoit ne se rencontrent jamais.
La coutume s'efface pendant les années de prospérité d'après-guerre. Puis elle revient pendant la crise de la zone euro.
Avec l'appui du maire de Naples, Luigi de Magistris, des organismes font du 10 décembre la Journée du café suspendu.
Le geste voyage. En Bulgarie, plus de 150 cafés s'y joignent. À Barcelone, Gonzalo Sapina lance le réseau Cafés Pendientes. En France, des cafés affichent « café en attente ». Le Canada figure aussi parmi les pays où des établissements participent.
Un écrivain napolitain, Luciano de Crescenzo, se souvient de cette « belle coutume ». Pour lui, ce petit café était :
« une tasse de café offerte au reste de l'humanité. »
Un café ne règle pas les inégalités. Mais il dit à quelqu'un, sans le connaître : quelqu'un a pensé à toi avant que tu arrives.
Et vous ?
À qui pourriez-vous laisser, cette semaine, un petit « café suspendu », sans jamais savoir qui le recevra ?
Chiffres
Sources
- An extra-large sized order of generosity (Maclean's, 2013) macleans.ca
- Suspended Coffee: Old Italian Custom Spreads Across Poorer EU (NPR / WAMC, 2013) www.wamc.org
- Caffè sospeso (Wikipédia) en.wikipedia.org
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