Fil 04 · Climat et rapport à la terre · 25 septembre 2026

La Paix des Braves, d'égal à égal

En 2002, Québec et les Cris ont remplacé des années de procès par une entente de nation à nation sur le territoire et la forêt.

1 · La scène

Dans une salle communautaire du Nord-du-Québec, un ingénieur forestier déplie une grande carte sur la table. Un chasseur cri, plus âgé, pose le doigt près d'un lac : « Ici, l'hiver, les orignaux se mettent à l'abri. Mon père m'a montré. »

L'ingénieur regarde longtemps la carte, puis efface au crayon une ligne de coupe. Personne n'applaudit. Ils se servent un café et passent au secteur suivant. Il vient de comprendre qu'un territoire se lit à plusieurs, et que certains le lisent depuis bien plus longtemps que lui.

Vignette originale

2 · Le cas documenté

La Paix des Braves

Pendant des années, les Cris d'Eeyou Istchee et le gouvernement du Québec se sont affrontés devant les tribunaux : les poursuites des Cris, notamment contre les coupes de bois sur leur territoire, totalisaient près de 3,6 milliards de dollars. Le 7 février 2002, à Waskaganish, le premier ministre Bernard Landry et le chef cri Ted Moses ont signé l'Entente concernant une nouvelle relation, qu'on appelle la Paix des Braves.

L'entente prévoyait un régime forestier adapté pour concilier la foresterie et le mode de vie traditionnel cri, et confiait aux Cris des responsabilités en matière de développement économique et communautaire. Québec s'engageait à verser 70 millions de dollars par année pendant 50 ans. Les Cris allaient participer à la construction de la centrale Eastmain-Rupert, tandis que le projet Nottaway-Broadback-Rupert, qui aurait inondé un territoire huit fois plus grand, était abandonné. Le Grand Conseil des Cris y voit l'ouverture d'un partenariat de nation à nation.

Rien n'est parfait : vingt ans plus tard, l'ancien député cri Romeo Saganash reconnaissait que les chasseurs et trappeurs étaient désormais consultés, tout en estimant qu'on coupait encore trop. Mais la relation a continué de grandir, jusqu'à la Grande Alliance signée en février 2020, un plan de développement économique de 30 ans pour Eeyou Istchee Baie-James. Cette histoire rappelle qu'un accord n'est pas une ligne d'arrivée : c'est une relation qu'on entretient, comme on entretient un sentier.

70 millions $versés chaque année par Québec, pendant 50 ans
50 ansdurée de l'entente signée en 2002

3 · La voix

« La paix des braves nous a permis d'avancer dans une relation d'égal à égal… »
Ian Lafrenière, ministre responsable des Affaires autochtones du Québec, 2022

4 · La question

Avec qui partagez-vous un territoire, une rue, un parc ou une forêt, et que faudrait-il pour que chacun puisse dire « ici » d'égal à égal ?

Sources

  1. Grand Conseil des Cris (Eeyou Istchee), « Ententes et Conventions », consulté en septembre 2026. www.cngov.ca
  2. Radio-Canada, « Il y a 20 ans, une entente survenait entre Québec et le Grand Conseil des Cris », 2021. ici.radio-canada.ca
  3. Radio-Canada Espaces autochtones, « Vingt ans plus tard : la paix des braves, mais pas des esprits », 2022. ici.radio-canada.ca

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