Fil 02 · Technologie et déshumanisation · 25 septembre 2026

Le droit de parler à un humain

Au Québec, la Loi 25 oblige les entreprises à dire quand une machine seule a tranché, et à laisser la personne s'expliquer à quelqu'un.

1 · La scène

Dans l'autobus 67, Mamadou lit sur son téléphone : « Votre demande de crédit a été refusée. » Pas de nom, pas de raison, juste un bouton « Fermer ».

Le soir, sa voisine lui rappelle qu'au Québec, on peut demander pourquoi. Il écrit. Quelques jours plus tard, une conseillère l'appelle : son adresse était mal inscrite dans le dossier. Une erreur de frappe, pas un verdict sur lui.

Vignette originale

2 · Le cas documenté

L'article 12.1 de la Loi 25

En 2021, le Québec adopte la Loi 25, qui modernise ses règles sur les renseignements personnels, avec une entrée en vigueur par étapes jusqu'en 2024. Parmi ses nouveautés, un article ajouté à la loi qui encadre le secteur privé touche directement nos vies numériques : l'article 12.1.

Il prévoit qu'une entreprise qui prend une décision fondée uniquement sur un traitement automatisé de renseignements personnels doit le dire à la personne, au plus tard au moment où elle lui annonce la décision. Sur demande, elle doit aussi préciser les renseignements utilisés, les raisons et les principaux facteurs qui ont mené à la décision, et rappeler le droit de faire corriger ces renseignements. Surtout, la personne doit pouvoir présenter son point de vue à un membre du personnel capable de réviser la décision.

La loi oblige aussi à prévenir les gens avant d'utiliser une technologie qui permet de les identifier, de les localiser ou de faire leur profil, et ces fonctions ne doivent pas être activées par défaut. La Commission d'accès à l'information veille au respect de ces règles, et les sanctions administratives peuvent atteindre 10 millions de dollars ou 2 % du chiffre d'affaires mondial.

Une donnée erronée ou un biais caché peut peser plus lourd sur certaines personnes que sur d'autres. Pouvoir demander « pourquoi ? » à un être humain, c'est remettre une relation là où il n'y avait qu'un calcul.

10 M$sanction administrative maximale, ou 2 % du chiffre d'affaires mondial
3éléments qu'on peut exiger de connaître après une décision automatisée

3 · La voix

« Il doit être donné à la personne concernée l'occasion de présenter ses observations »
Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé, article 12.1, ajouté en 2021

4 · La question

La dernière fois qu'une application vous a dit non, auriez-vous su à qui demander pourquoi, et qui dans votre entourage aurait besoin de le savoir ?

Sources

  1. LégisQuébec, Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé (RLRQ, c. P-39.1), article 12.1. www.legisquebec.gouv.qc.ca
  2. Commission d'accès à l'information du Québec, Principaux changements apportés par la Loi 25. www.cai.gouv.qc.ca

Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.

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