Fil 03 · Racisés mais humains · 4 octobre 2026
Semer un réseau
En 1973, Kay Livingstone réunissait 200 femmes noires de tout le pays ; le réseau national qu'elle avait semé est né en 1980, après sa mort.
1 · La scène
Dans le hall d'un hôtel, une femme arrivée de Halifax cherche son nom sur la liste. Derrière elle, une autre a pris le train depuis Montréal, une troisième l'avion depuis Vancouver. Elles ne se connaissent pas.
Le soir, dans la salle, on parle d'école, d'immigration, de la façon dont la télé les montre, ou ne les montre pas. Une participante s'étonne : « Je croyais être la seule à vivre ça. »
À la fin, on fait circuler un cahier pour noter les adresses. Il revient plein.
Vignette originale
2 · Le cas documenté
Du salon au pays entier
Kay Livingstone est née à London, en Ontario. Comédienne et animatrice de radio, elle transforme en 1951, à Toronto, un cercle social en association d'entraide : la Canadian Negro Women's Association (CANEWA), dont elle est la première présidente jusqu'en 1953.
Son grand projet prend forme en avril 1973 : du 6 au 8 avril, le premier Congrès national des femmes noires du Canada réunit à Toronto 200 femmes venues de partout au pays. Parcs Canada souligne que leurs préoccupations passaient alors au second plan, autant dans le mouvement noir des droits civiques que chez les féministes de la deuxième vague. Pendant trois jours, les ateliers portent sur l'éducation, l'immigration et l'image des femmes noires dans les médias.
L'élan ne retombe pas. Une deuxième rencontre a lieu à Montréal en 1974, puis une autre à Halifax en 1976, où les déléguées votent la création d'une organisation nationale. Kay Livingstone ne la verra pas : elle meurt subitement à l'été 1975, alors qu'elle parcourait le pays pour organiser une conférence nationale de femmes de minorités visibles. C'est à Winnipeg, en 1980, au cinquième congrès, que naît officiellement le Congrès des femmes noires du Canada.
Désignée personnage historique national en 2011, elle laisse une leçon d'ubuntu : un réseau ne se décrète pas. Il se sème, de salon en salle de congrès, et d'autres le font grandir après nous.
3 · La voix
« une femme inspirante qui était au cœur du combat contre le racisme et le sexisme […] »
4 · La question
Quelle graine de lien pourrions-nous semer aujourd'hui, en sachant que d'autres en récolteront peut-être les fruits après nous ?
Sources
- Personnage historique national Kathleen « Kay » Livingstone (Parcs Canada) parcs.canada.ca
- Kathleen « Kay » Livingstone (1918-1975) (Parcs Canada, 2017) www.canada.ca
- Le gouvernement du Canada reconnaît l'importance historique nationale de Kathleen « Kay » Livingstone (Parcs Canada, 2017) www.canada.ca
- Kay Livingstone (L'Encyclopédie canadienne) thecanadianencyclopedia.ca
- History (Congrès des femmes noires du Canada, région de l'Ontario, en anglais) cbwc-ontario.org
- Kay Livingstone: advocacy and the Congress (Heritage Toronto, en anglais) archivehtsite.heritagetoronto.org
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