Fil 03 · Racisés mais humains · 7 octobre 2026
Dix ans après, l'ONU revient écouter
Une experte de l'ONU sur le racisme achève une visite au Canada, dix ans après un premier rapport sur le racisme anti-Noirs. Qu'avons-nous fait de ses recommandations ?
1 · La scène
Dans une cuisine de Saint-Michel, un père relit pour la troisième fois la feuille posée près du sucrier. Trois phrases, pas plus : on lui a dit qu'il aurait deux minutes pour parler.
Sa voisine du troisième, celle qui gardait son fils les soirs où il travaillait de nuit, lui tend un crayon. « Ajoute que tu n'étais pas seul. »
Il hésite, puis écrit en bas, plus petit : quand on a voulu m'enlever mon garçon, tout l'immeuble est venu témoigner pour nous. Dans la pièce d'à côté, le petit dort. Il ne sait pas encore que son histoire voyagera jusqu'à Genève.
Vignette originale
2 · Le cas documenté
Ce qu'on a dit il y a dix ans
Depuis le 28 septembre et jusqu'au 9 octobre, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les formes contemporaines de racisme, Ashwini K.P., parcourt le Canada : Ottawa, Québec, Montréal, Vancouver, Victoria et Toronto. Elle rencontre des autorités fédérales et provinciales, mais aussi des membres de groupes racisés, des organismes communautaires et des chercheurs. Elle livrera ses premières observations le 9 octobre à Ottawa, et son rapport au Conseil des droits de l'homme en juin 2027.
Ce n'est pas une première. Du 17 au 21 octobre 2016, un groupe d'experts de l'ONU sur les personnes d'ascendance africaine visitait Ottawa, Toronto, Halifax et Montréal. Son rapport concluait que l'esclavage, la ségrégation et la marginalisation avaient laissé au Canada un héritage de racisme anti-Noirs. Il notait qu'à Montréal, les Afro-Canadiens avaient le taux de pauvreté le plus élevé parmi les minorités visibles, et qu'à Toronto, les enfants d'ascendance africaine étaient fortement surreprésentés parmi ceux pris en charge par la Société d'aide à l'enfance.
Des gestes ont suivi. En 2018, le Canada a reconnu la Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine, puis salué en 2024 l'adoption d'une deuxième décennie, jusqu'en 2034. En Ontario, dès 2016, plus de 800 membres de la communauté noire ont contribué à bâtir un cadre de pratique, One Vision One Voice, destiné aux sociétés d'aide à l'enfance pour mieux servir les familles noires.
Mais la recommandation de présenter des excuses et d'envisager des réparations pour l'esclavage attend toujours. Et une question demeure : quand une famille vacille, la regarde-t-on comme un danger, ou comme une famille à soutenir ? Confier l'enfant à tout un village plutôt qu'à la seule méfiance : c'est peut-être là que commence la réparation.
3 · La voix
« nos divers peuples autochtones, ubuntu et non ubuntu, m'ont materné et paterné »
4 · La question
Quel enfant de notre rue pourrions-nous aider à porter, pour que sa famille ne soit jamais seule devant ceux qui la jugent ?
Sources
- La rapporteuse spéciale de l'ONU sur le racisme se rendra au Canada (Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, 2026) www.ohchr.org
- Rapport du Groupe de travail d'experts sur les personnes d'ascendance africaine sur sa mission au Canada (Conseil des droits de l'homme de l'ONU, 2017) digitallibrary.un.org
- Canada welcomes the adoption of a second International Decade for People of African Descent (Gouvernement du Canada, 2024, en anglais) www.canada.ca
- Lancement du cadre de pratique One Vision One Voice (Ontario Association of Children's Aid Societies, 2016, en anglais) www.oacas.org
- L'esclavage, les indemnités et les excuses qui n'ont jamais été présentées (Broadview, 2025, en anglais) broadview.org
- New book by Devi Dee Mucina debuts Sept. 30 (Université de Victoria, 2020, en anglais) www.uvic.ca
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