Fil 01 · Exil et migration · 14 septembre 2026

Ville sanctuaire : ce qu'une promesse peut, et ce qu'elle ne peut pas

En 2017, Montréal se déclarait ville sanctuaire ; en 2018, la Ville reconnaissait les limites de sa promesse et misait plutôt sur un accès sans peur à ses services.

1 · La scène

À la bibliothèque du quartier, une mère s'approche du comptoir, un enfant dans chaque main. Elle a préparé une phrase pour s'excuser de ne pas avoir de preuve d'adresse.

La bibliothécaire ne la laisse pas finir. Elle tape un nom, imprime une carte, la glisse sur le comptoir. « C'est tout. Vous pouvez emprunter dix livres. »

Puis elle se lève et les conduit au coin des albums en espagnol. Les enfants s'assoient par terre. La mère reste debout un moment, comme si elle attendait encore qu'on lui demande quelque chose.

Vignette originale

2 · Le cas documenté

Montréal, ville sanctuaire

Le 20 février 2017, le conseil municipal de Montréal adopte à l'unanimité une déclaration faisant de la métropole une « ville sanctuaire ». La Ville s'engage à offrir l'accès à ses programmes et à ses services, notamment en habitation, à toute personne, quel que soit son statut, et demande au gouvernement fédéral un programme de régularisation des résidents sans papiers.

Le 5 décembre 2018, en dévoilant son premier plan d'action en matière d'immigration, la mairesse Valérie Plante délaisse pourtant l'expression, qui renvoie à des notions juridiques américaines. La Ville, où vivraient environ 50 000 personnes sans statut selon Global News, ne peut légalement les protéger contre une expulsion décidée par les autorités fédérales. Le plan mise plutôt sur du concret : retirer l'exigence d'une preuve d'adresse dans les bibliothèques et les piscines, et travailler avec le SPVM pour que les personnes vulnérables osent demander de l'aide sans craindre pour leur statut.

En juin 2019, Montréal lance sa Politique d'accès aux services municipaux sans peur. Une promesse municipale ne peut pas tout : elle n'arrête pas une mesure de renvoi. Mais elle peut faire en sorte qu'une mère inscrive ses enfants à la bibliothèque, qu'une famille se baigne à la piscine du quartier, qu'une personne en danger ose appeler à l'aide. Le reste, régularisation comprise, dépend d'Ottawa, et de la voix des citoyens qui refusent que des voisins vivent dans l'ombre.

50 000personnes sans statut à Montréal, estimation rapportée en 2018

3 · La voix

« Légalement, la Ville ne peut offrir de protection spéciale contre l'expulsion des migrants. »
Valérie Plante, mairesse de Montréal, citée par Global News, 2018 (traduction libre)

4 · La question

Une ville ne peut pas tout ; mais que peut chacun de nous faire pour que personne n'ait peur de demander de l'aide ?

Sources

  1. CTV News, vote du conseil municipal, 2017 www.ctvnews.ca
  2. Déclaration désignant Montréal ville sanctuaire (Observatoire international des maires sur le vivre ensemble), 2017 observatoirevivreensemble.org
  3. Global News, plan d'action en immigration, 2018 globalnews.ca
  4. Observatoire international des maires sur le vivre ensemble, fiche Montréal, 2019 observatoirevivreensemble.org

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