Fil 01 · Exil et migration · 29 septembre 2026

Saint-Jérôme, premier arrêt après quinze ans de camp

En décembre 2008, les premiers réfugiés bhoutanais accueillis par le Canada arrivaient à Saint-Jérôme. Leur histoire pose une question : comment donner envie de rester ?

1 · La scène

Un mardi après-midi, dans le sous-sol d'une église de Saint-Jérôme. Sur une longue table couverte de farine, deux femmes travaillent côte à côte sans partager une seule langue.

L'une, bénévole du quartier, montre comment elle ferme ses pâtés en pinçant la pâte avec une fourchette. L'autre, une grand-mère venue du Népal, rit, reprend un disque de pâte et le plie en petits plis serrés, comme on le fait pour les momos. Elles échangent leurs gestes, se corrigent du bout des doigts. À la fin, sur le même plateau, les deux formes se mélangent.

Vignette originale

2 · Le cas documenté

Les Népalo-Bhoutanais au Québec

Le 8 décembre 2008, le gouvernement fédéral annonce l'arrivée du premier groupe de réfugiés bhoutanais réinstallés au Canada : 24 personnes, accueillies à Saint-Jérôme, dans les Laurentides. D'origine népalaise, ces familles ont été chassées du Bhoutan et vivaient depuis le début des années 1990, soit une quinzaine d'années, dans des camps gérés par l'ONU dans le sud-est du Népal, où se trouvaient quelque 100 000 réfugiés.

Le Canada s'était d'abord engagé à en accueillir jusqu'à 5 000. L'engagement a été porté à 6 500 en 2013. Selon une étude publiée dans la revue Anthropologica en 2023, quelque 2 000 d'entre eux auraient été dirigés vers le Québec, dans quatre villes : Québec, Joliette, Sherbrooke et Saint-Jérôme, où environ 300 personnes se sont installées.

La même étude note que la rétention en région est un défi : au recensement de 2016, Saint-Jérôme ne comptait plus que 105 personnes ayant le népali comme langue maternelle. Ce chiffre sous-estime sans doute la communauté, mais il montre que l'accueil des premiers jours ne suffit pas toujours à donner envie de rester.

Des bénévoles, des organismes d'accueil et des familles déjà installées ont ouvert la porte. Rester dépend aussi de ce qui vient ensuite : un emploi, des voisins, une place à l'école et dans la vie du quartier, le sentiment d'être attendu. Cette part-là ne revient pas seulement aux gouvernements.

24réfugiés bhoutanais arrivés à Saint-Jérôme en décembre 2008
6 500réfugiés bhoutanais que le Canada s'est engagé à accueillir

3 · La voix

« apporteront avec elles des espoirs, des rêves et des compétences qui enrichiront notre société »
Jason Kenney, ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, à l'arrivée des premiers réfugiés bhoutanais, 2008

4 · La question

Qu'est-ce qui fait qu'une famille arrivée chez nous décide d'y rester, et quelle part de cette réponse nous revient ?

Sources

  1. « Le Canada accueille le premier groupe de réfugiés bhoutanais » (Gouvernement du Canada, 2008) www.canada.ca
  2. « Canada welcomes first group of Bhutanese refugees » (Gouvernement du Canada, 2008) www.canada.ca
  3. « Canada to welcome 1,000 additional Bhutanese refugees » (Gouvernement du Canada, 2013) www.canada.ca
  4. Guillaume Boucher, « Frontières morales et catégories culturelles » (Anthropologica, 2023) cas-sca.journals.uvic.ca

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