Fil 04 · Climat et rapport à la terre · 13 octobre 2026 · 3 min de lecture

Le petit feu qui protège

Pendant des générations, des Nations autochtones ont soigné la terre avec de petits feux choisis. Un gardien du feu secwépemc explique pourquoi on a besoin d'eux plus que jamais.

Photo : Controlled burn · HFHaider · CC BY-SA 4.0 · via Wikimedia Commons

Le grenier à récits

À l'été 2021, un incendie franchit la rivière Nicola, en Colombie-Britannique. Il balaie la région.

Sur la réserve de la bande indienne Nooaitch, de la Nation nlakaʼpamux, une maison en rondins reste intacte. Elle appartient à la sœur de Joe Gilchrist.

Depuis une vingtaine d'années, Joe entretient le terrain autour. Il éclaircit les arbres. Il coupe les branches basses. Et tous les deux à cinq ans, il y passe un petit feu.

Joe Gilchrist est un gardien du feu de la Nation secwépemc. Il vit sur la réserve de la bande indienne Skeetchestn. De 1982 à 2012, il a combattu les incendies pour le Service des feux de forêt de la Colombie-Britannique.

Pour comprendre son travail, imaginez une maison qu'on ne balaierait jamais. Les feuilles, les brindilles et les branches mortes s'y empilent, année après année. Un jour, une seule étincelle suffit à tout embraser.

Le brûlage culturel, c'est un peu un coup de balai. Un feu de faible intensité, allumé au bon moment, au printemps ou à l'automne. Il consume les branches basses, les petits arbres morts et la végétation sèche. Il empêche les arbres de s'entasser. Et il transforme ce combustible en nutriments pour les plantes.

Chaque milieu a son rythme. Selon Joe Gilchrist, les forêts recevaient un feu léger tous les 7 à 15 ans. Dans la vallée de la Nicola, les prairies brûlaient environ tous les deux ans, ce qui favorisait les plantes médicinales. Plus haut en montagne, un feu d'automne aux quatre ans environ faisait pousser les airelles sauvages.

Le long des rivières, de légers brûlages renforçaient les racines des peupliers, des saules et des aulnes. Ces arbres font de l'ombre à l'eau et la gardent fraîche pour les poissons.

Ce savoir, dit-il, était gardé par les matriarches et transmis par les récits.

Un petit feu choisi peut éviter un grand feu subi.

Au printemps 2022, près de Savona, sur la réserve Skeetchestn, Joe allume des armoises avec une torche d'allumage. Une parcelle brûlée en avril est verte en juin. Ses hautes herbes forment une zone tampon qui ralentit les incendies.

L'été précédent, lors du feu de Sparks Lake, des membres de Skeetchestn ont dirigé les flammes vers d'anciennes zones de brûlage dirigé. Ces zones ont aidé à protéger les maisons et les bâtiments.

Pourtant, ce savoir a longtemps été écarté. Avec l'arrivée des colons, au 19e siècle, l'usage autochtone du feu a été interdit en Colombie-Britannique. Selon Joe Gilchrist, la peur du feu et les villes de bois bâties en forêt ont mené à des lois contre les feux allumés. La règle est devenue : frapper vite, frapper fort.

À la fin du 20e siècle, les petits feux contrôlés étaient devenus rares. Pour Joe, cette façon de gérer la terre explique en partie les mégafeux d'aujourd'hui.

Les chiffres donnent le vertige. En 2023, près de 2 300 incendies ont brûlé 2,8 millions d'hectares dans la province.

Les petits feux reviennent, lentement. En 2024, 48 brûlages culturels et dirigés ont traité 3 400 hectares, dont 23 avec des Premières Nations. C'est plus du double de l'année précédente. Pour 2025, le Service des feux de forêt en prévoyait 135.

C'est encore très peu, selon Joe. Il estime que des centaines de milliers d'hectares auraient besoin du feu.

Quelques mois après l'incendie de 2021, une rivière atmosphérique a inondé la région et emporté la maison de sa sœur. Le climat change, et aucune méthode ne protège de tout.

En novembre 2025, Joe Gilchrist a porté ce savoir jusqu'à la COP30, au Brésil. Son message tient en une phrase :

« Il y a une meilleure façon de prendre soin de la terre. »
Joe Gilchrist, gardien du feu secwépemc, IndigiNews, 2025 (traduction libre)

Prendre soin de la terre, c'est aussi prendre soin de ceux qui y vivent, aujourd'hui et demain. Ce « nous » inclut les forêts, les rivières, les airelles et les poissons.

Et vous ?

Dans votre vie ou votre quartier, quel petit geste régulier pourrait éviter une grande crise plus tard ?

Faire voyager ce récit

Chiffres

2,8 millionsd'hectares brûlés en Colombie-Britannique en 2023
48brûlages culturels et dirigés en 2024, dont 23 avec des Premières Nations
7 à 15 ansentre deux feux légers dans une forêt, selon Joe Gilchrist

Sources

  1. Amid climate impacts, leading Secwépemc firekeeper shares 'a better way of looking after the land' (IndigiNews, 2025) indiginews.com
  2. Indigenous fire keepers and ecologists say it's time to light a careful fire to calm wildfires (CBC News, 2022) www.cbc.ca
  3. Skeetchestn First Nation wants more prescribed burns to protect from future wildfires (CBC News, 2021) amp.cbc.ca

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