Fil 04 · Climat et rapport à la terre · 25 septembre 2026

La rivière qui fait vivre

À Grassy Narrows, le mercure rejeté en amont a empoisonné poissons et familles ; des décennies de lutte ont arraché des engagements de réparation.

1 · La scène

Au bord d'un lac de la Mauricie, un grand-père montre à sa petite-fille comment vider un doré. Elle demande si on peut vraiment le manger. Il sourit, sort son téléphone et vérifie le petit guide de consommation du poisson, comme chaque été.

« Celui-là, on peut », dit-il. Puis il se tait un moment. Il pense à ceux, plus loin, pour qui la réponse est non depuis cinquante ans, et pour qui le poisson était à la fois le souper, le travail et la fierté.

Vignette originale

2 · Le cas documenté

Le mercure de la rivière Wabigoon

Asubpeeschoseewagong, qu'on appelle aussi Grassy Narrows, est une Première Nation d'environ 1 000 membres, à 80 kilomètres au nord de Kenora, en Ontario. Dans les années 1960 et au début des années 1970, une usine de papier de Dryden, en amont, a rejeté du mercure dans le réseau des rivières English et Wabigoon ; CBC évoque environ 9 000 kilogrammes. La contamination a été découverte en 1970. Le poisson, base de l'alimentation et de l'emploi, est devenu un danger.

En 1985, une entente a versé une indemnité unique de 16,67 millions de dollars aux communautés touchées, sans nettoyer la rivière. En 2016, des chercheurs japonais qui suivent la population depuis des décennies ont rapporté que plus de 90 % des gens montraient des signes d'empoisonnement au mercure.

La persévérance de la communauté a fini par porter fruit. En juin 2017, l'Ontario a promis 85 millions de dollars pour nettoyer la rivière près de Grassy Narrows et de Wabaseemoong. Ottawa s'est engagé en 2020, puis en 2021, à financer un centre de soins sur place pour les personnes atteintes, avec 68,9 millions de dollars de plus pour son fonctionnement.

Une rivière relie l'amont et l'aval. Réparer, c'est reconnaître que ceux d'en haut et ceux d'en bas boivent la même eau, et que le soin d'un peuple regarde tout le monde.

90 %de la population montrait des signes d'empoisonnement au mercure (recherche de 2016)
85 millions $promis par l'Ontario en 2017 pour nettoyer la rivière
68,9 millions $ajoutés par Ottawa en 2021 pour le centre de soins

3 · La voix

« Cette rivière est le sang qui fait vivre mon peuple. »
Simon Fobister, chef de Grassy Narrows, 2017 (traduction libre)

4 · La question

Si la rivière qui passe devant chez vous prenait sa source chez quelqu'un d'autre, qu'attendriez-vous de ce voisin d'en haut, et que lui devez-vous en retour ?

Sources

  1. CBC News, « Ontario announces $85M to clean up mercury near Grassy Narrows, Wabaseemoong First Nations », 27 juin 2017. www.cbc.ca
  2. Services aux Autochtones Canada, entente-cadre révisée pour le centre de soins de Grassy Narrows, 26 juillet 2021. www.canada.ca
  3. CBC News, « 'A long time coming': Grassy Narrows welcomes long-term funding for unique mercury-care home », 31 juillet 2021. www.cbc.ca

Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.

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