Fil 04 · Climat et rapport à la terre · 26 octobre 2026 · 2 min de lecture
Celle qui vient avec la lumière
En 2003, une grand-mère anishinaabe de Wiikwemkoong se met à marcher autour du lac Supérieur, un seau d'eau à la main. Elle marchera plus de 17 000 kilomètres autour des Grands Lacs.

Le grenier à récits
En 2000, à Pipestone, au Minnesota, des gens sont réunis pour une cérémonie de la Danse du soleil.
Un aîné anishinaabe, Eddie Benton-Banaise, raconte un rêve. À cause de la pollution, dit-il, l'eau finira par coûter aussi cher que l'or.
Puis il pose une question à ceux qui l'écoutent : « Qu'allez-vous faire pour ça ? »
Dans l'assistance, il y a une grand-mère de Wiikwemkoong, un territoire anishinaabe non cédé sur l'île Manitoulin, en Ontario. Elle s'appelle Josephine Mandamin.
Son nom anishinaabe, Biidaasige, veut dire « celle qui vient avec la lumière ».
Enfant, de 1948 à 1954, elle a été envoyée au pensionnat St. Joseph pour filles, à Spanish, en Ontario.
En 2003, elle répond à la question à sa manière. Elle se met à marcher.
Elle fait le tour du lac Supérieur. Le voyage dure plus d'un mois.
Pendant ses marches, elle tient dans ses mains un seau de cuivre rempli d'eau du lac. Ce sont les femmes qui portent l'eau. Elle avance sans s'arrêter, de l'aube jusqu'à l'après-midi. À côté d'elles, des hommes portent un bâton d'aigle. Ils les protègent et prennent soin d'elles.
Pendant les pauses, raconte un chroniqueur de la radio WXPR, elle s'allonge sur le ventre, comme pour serrer la terre dans ses bras.
Puis elle repart.
Chaque printemps, ou presque, elle revient marcher. D'année en année, elle longe les rives des cinq Grands Lacs. Au total, plus de 17 000 kilomètres.
Sa dernière grande marche, en 2017, part de Duluth, au Minnesota. Elle se termine à Matane, au Québec, à plus de 8 000 kilomètres de là.
Pour elle, porter l'eau n'était pas un geste de protestation. C'était une responsabilité. En 2016, elle l'expliquait ainsi :
« En tant que femmes, nous portons l'eau. Nous portons la vie pour le peuple. »
Josephine Mandamin est morte le 22 février 2019, au lendemain de ses 77 ans. Elle laissait son mari, huit enfants, 13 petits-enfants et 16 arrière-petits-enfants.
Le grand chef de la Nation anishinabek, Glen Hare, a dit qu'on se souviendrait d'elle pour tout ce qu'elle avait fait pour protéger l'eau.
L'eau des Grands Lacs n'appartient à personne. Elle nous traverse tous. Une grand-mère avec un seau l'a rappelé, pas à pas, pendant quatorze ans.
Et vous ?
Quelle eau vous fait vivre, chaque jour, sans que vous y pensiez ? Que feriez-vous, vous, pour elle ?
Chiffres
Sources
- Josephine Mandamin, water activist who walked 17,000 km around the Great Lakes, dies at 77 (CBC News, 2019) www.cbc.ca
- Josephine Mandamin (L'Encyclopédie canadienne) www.thecanadianencyclopedia.ca
- Water Walker Josephine Mandamin (WXPR, 2019) www.wxpr.org
- Josephine Mandamin (Wikipédia) en.wikipedia.org
Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.
Mots-clés
À lire aussi
A'se'k, le port qu'on rend à la mer
Pendant 53 ans, une usine a rejeté ses eaux usées dans un estuaire mi'kmaw ; la communauté a obtenu la fin des rejets et un grand nettoyage.
LireLa Paix des Braves, d'égal à égal
En 2002, Québec et les Cris ont remplacé des années de procès par une entente de nation à nation sur le territoire et la forêt.
LireLa rivière a ses gardiens
En 2021, les Innus de Ekuanitshit et leurs voisins de la Minganie ont fait de la rivière Magpie une personne juridique. Elle attend toujours une protection officielle.
Lire