Afrique du Sud, 1977
Steve Biko
Étudiant en médecine, Steve Biko fonda le mouvement de la Conscience noire, qui appelait les Noirs sud-africains à une libération psychologique sous l'apartheid. Il mourut en détention en 1977, à 30 ans.

Vies inspirantes · Justice et réconciliation
C'était en juillet 1967, à l'Université Rhodes, en Afrique du Sud.
Une union nationale d'étudiants, la NUSAS, tenait sa conférence. Les étudiants noirs y étaient logés à part.
Un jeune étudiant en médecine quitta la conférence, avec d'autres.
Il s'appelait Steve Biko. Il avait vingt ans.
Il en sortit convaincu que les Noirs devaient s'organiser eux-mêmes.
Steve était né le 18 décembre 1946, chez sa grand-mère, dans la province du Cap. Il grandit à Ginsberg, un township près de King William's Town, dans une famille xhosa pauvre.
Son père mourut en 1950. Sa mère éleva seule ses enfants. Elle était cuisinière à l'hôpital.
Au lycée de Lovedale, on le renvoya parce qu'on soupçonnait son frère. Rien ne l'accusait, lui. « Je détestais l'autorité comme pas possible », dit-il (traduction libre).
Il poursuivit ses études dans une école catholique, à Mariannhill. Puis il entra en médecine à l'Université du Natal, dans la section réservée aux non-Blancs.
Après la conférence de 1967, il fonda avec d'autres une organisation d'étudiants noirs, la SASO, officiellement lancée en 1969. Il en fut le premier président.
Son idée prit un nom : la Conscience noire.
Elle appelait d'abord à une libération psychologique.
Le mot « noir » rassemblait Africains, Métis et Indiens. Biko fit connaître un slogan : black is beautiful.
À un camarade, il expliqua ce que cela voulait dire :
« Mon vieux, tu es bien comme tu es. »
Il écrivait aussi, sous un nom d'emprunt : Frank Talk, « franc-parler ».
En 1972, il quitta la faculté de médecine.
Il s'engagea dans des programmes pour les communautés noires. Près de King William's Town, une clinique ouvrit en janvier 1975 : Zanempilo. Il y eut une crèche, des cours d'alphabétisation, de l'éducation à la santé, un fonds pour les familles de prisonniers politiques.
« Nous enseignons aux gens par l'exemple », disait-il (traduction libre).
Le 3 mars 1973, le gouvernement interdit à Biko de quitter son district, de parler en public, d'être cité dans les journaux.
On l'arrêta plusieurs fois. Une fois, il resta 101 jours à l'isolement.
Il disait espérer, si c'était possible, une révolution pacifique et réconciliatrice.
Le 18 août 1977, la police l'arrêta à un barrage routier, près de Grahamstown. Elle le détint à Port Elizabeth. Pendant sa détention, il subit de graves blessures à la tête.
Le 12 septembre 1977, Steve Biko mourut dans une prison-hôpital de Pretoria. Il avait trente ans.
Le 25 septembre, environ 20 000 personnes vinrent à ses funérailles, à King William's Town. Des diplomates de treize pays occidentaux étaient là.
Le 17 octobre 1977, le gouvernement interdit dix-huit organisations, dont la SASO et la Black People's Convention. Une enquête officielle ne désigna aucun responsable. Bien plus tard, en 1998, la Commission vérité et réconciliation refusa l'amnistie à cinq policiers.
On l'appelle aujourd'hui le père de la Conscience noire.
La Conscience noire fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre : on ne devient pleinement quelqu'un qu'en se tenant debout, avec les siens, et en se mettant au service de tous.
Il reste de lui une phrase dite à un camarade. Une phrase qui ne demandait rien au pouvoir. Elle rendait seulement à chacun son propre visage.
Sources
- Steve Biko (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org
- Stephen Bantu Biko (South African History Online) www.sahistory.org.za
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