Afrique du Sud, 1960

Albert Luthuli

Enseignant et chef zoulou, Albert Luthuli présida l'ANC à partir de 1952 et défendit une résistance non violente à l'apartheid. Il fut le premier Africain à recevoir le prix Nobel de la paix.

Photo : Albert Luthuli · Domaine public · via Wikimedia Commons

Vies inspirantes · Justice et réconciliation

C'était en 1952, en Afrique du Sud.

Le gouvernement avait posé un ultimatum à un chef zoulou de Groutville, dans le Natal. Il avait deux semaines pour choisir. Quitter l'ANC, ou perdre sa chefferie.

Le chef s'appelait Albert Luthuli. Il ne choisit pas. Il ne quitta ni l'un ni l'autre.

En novembre 1952, le gouvernement le destitua.

Albert Luthuli était né vers 1898, en Rhodésie, où ses parents étaient missionnaires. Lui-même ne connaissait pas l'année exacte. Il pensait que c'était probablement 1898.

Sa mère l'éleva à Groutville, où son grand-père avait été chef d'une petite tribu.

Il étudia pour devenir enseignant, jusqu'à l'Adams College. On lui offrit une bourse pour l'université de Fort Hare. Il la refusa, pour pouvoir aider sa mère.

Il enseigna une quinzaine d'années. Il réclamait pour les Africains une éducation aussi bonne que celle des autres.

En 1927, il épousa une institutrice, Nokukhanya Bhengu. Ils s'installèrent à Groutville et eurent sept enfants.

En 1933, les anciens lui demandèrent de devenir chef. Il accepta en 1936. Il guida environ 5 000 personnes, sur la réserve de la rivière Umvoti.

En 1944, il adhéra au Congrès national africain, l'ANC. En 1952, il prit part à une campagne de défi non violente contre les lois de l'apartheid.

C'est pour cela qu'on lui posa l'ultimatum.

Après sa destitution, il publia une déclaration. Il y disait avoir frappé pendant trente ans, patiemment, modérément et modestement, à une porte fermée et barricadée. Il y disait aussi ce qu'était un chef, à ses yeux :

« Un chef est d'abord le serviteur de son peuple. »
Albert Luthuli, « The Road to Freedom is via the Cross », 1952 (traduction libre)

Il y écrivait aussi que la route de la liberté passe par la croix.

Un mois plus tard, en décembre 1952, l'ANC l'élut président général. Il avait cinquante-quatre ans.

La croix vint vite. Le gouvernement lui imposa des interdictions, l'une après l'autre. Défense d'entrer dans les villes. Défense d'assister aux réunions. Puis l'obligation de rester dans un rayon de vingt milles autour de chez lui.

En décembre 1956, il fut arrêté pour trahison, avec 155 autres personnes. On abandonna les accusations contre lui un an plus tard.

En mars 1960, la police tua 69 personnes à Sharpeville. Luthuli brûla publiquement son laissez-passer, ce papier imposé par les lois qu'il combattait. Il fut condamné à une amende et à une peine avec sursis.

Puis, en octobre 1961, on lui décerna le prix Nobel de la paix 1960. Il devenait le premier Africain à le recevoir.

Le gouvernement leva son interdiction pour dix jours seulement. Juste le temps d'aller à Oslo avec sa femme, en décembre 1961, et de revenir.

On l'a décrit comme le dirigeant africain le plus connu et le plus respecté de son époque.

Albert Luthuli mourut le 21 juillet 1967, près de chez lui, à Groutville. Il avait soixante-neuf ans.

Pour lui, un chef ne régnait pas sur les siens : il les servait. Cette façon de comprendre le pouvoir fait écho à l'Ubuntu, où une personne n'existe pleinement qu'avec les autres.

On l'avait confiné dans un cercle de quelques dizaines de kilomètres autour de sa maison.

Sa voix, elle, fit le tour du monde, et revint jusqu'à sa porte.

Sources

  1. Albert Lutuli, biographie (Fondation Nobel) www.nobelprize.org
  2. Albert Luthuli (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org
  3. Chief Albert John Luthuli (South African History Online) sahistory.org.za
  4. November 1952: The Road to Freedom is via the Cross (Musée Luthuli) luthulimuseum.org.za

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