Liberia, 2003

Leymah Gbowee

En 2003, la travailleuse sociale Leymah Gbowee rassemble des femmes chrétiennes et musulmanes du Liberia, vêtues de blanc, pour exiger la paix. Leur action aide à mettre fin à quatorze ans de guerre civile. Elle reçoit le prix Nobel de la paix en 2011.

Photo : Leymah Gbowee in Porto Alegre · Fronteiras do Pensamento · CC BY-SA 2.0 · via Wikimedia Commons

Vies inspirantes · Justice et réconciliation

C'était le 23 avril 2003, à Monrovia, au Liberia.

Devant la résidence du président Charles Taylor, plus de deux mille femmes attendaient. Elles portaient des t-shirts blancs.

Parmi elles, une femme de trente et un ans prit la parole. Elle s'appelait Leymah Gbowee.

Elle s'adressa à la présidente du Sénat, Grace Minor. Ses mots étaient simples :

« Nous sommes fatiguées de la guerre. Nous sommes fatiguées de fuir. »
Leymah Gbowee, Monrovia, 23 avril 2003 (traduction libre)

Leymah Gbowee était née le 1er février 1972, dans le centre du Liberia.

Elle avait dix-sept ans quand la guerre civile éclata, en 1989. Elle dira plus tard que la guerre l'avait changée d'enfant en adulte en quelques heures.

Pendant la guerre, elle devint mère. Elle se forma au travail social et à l'accompagnement des personnes traumatisées. Elle travailla avec d'anciens enfants soldats.

Elle fut membre fondatrice d'un réseau de femmes pour la paix, le WIPNET, et sa coordonnatrice au Liberia.

Tout commença en 2002, dans un marché aux poissons de Monrovia. Des femmes y venaient prier et chanter pour la paix. Leymah Gbowee devint leur porte-parole.

Elle rassembla d'abord des femmes chrétiennes. Puis elle s'allia à une femme musulmane. Chrétiennes et musulmanes se retrouvèrent côte à côte.

Le mouvement prit un nom : l'Action de masse des femmes du Liberia pour la paix.

Elles prièrent. Elles jeûnèrent. Elles organisèrent des piquets et des sit-in.

Leur pression poussa Charles Taylor à accepter des pourparlers de paix. Ils eurent lieu à Accra, au Ghana, en juin et juillet 2003.

Là, près de deux cents femmes formèrent une barricade humaine. Elles voulaient garder les délégués dans la salle jusqu'à un accord.

Les gardes voulurent arrêter Leymah Gbowee. Elle menaça de se dévêtir. Cela, dit-elle, attirerait une malédiction sur les hommes.

Le médiateur, Abdulsalami Abubakar, eut ce mot : la salle de la paix avait été prise par « la générale Leymah et ses troupes » (traduction libre).

Quelques semaines plus tard, Charles Taylor quitta le pouvoir et partit en exil.

Le 18 août 2003, l'accord de paix fut signé à Accra. Quatorze ans de guerre prenaient fin.

Deux ans plus tard, le Liberia élut Ellen Johnson Sirleaf. Elle fut la première femme élue à la tête d'un pays d'Afrique. Le mouvement des femmes lui avait ouvert la voie.

En 2008, un documentaire raconta leur histoire : Pray the Devil Back to Hell.

En 2011, Leymah Gbowee reçut le prix Nobel de la paix. Elle le partagea avec Ellen Johnson Sirleaf et Tawakkul Karman. La même année, elle publia ses mémoires, Mighty Be Our Powers.

En 2012, elle fonda à Monrovia une fondation pour la paix qui porte son nom. Cette année-là, elle porta aussi le drapeau olympique à l'ouverture des Jeux de Londres.

Leymah Gbowee vient de l'Afrique de l'Ouest, avec ses propres traditions. Sa façon d'agir fait écho à l'Ubuntu sans s'y confondre : elle n'a jamais lutté seule, mais avec des milliers de femmes, chrétiennes et musulmanes, qui se tenaient côte à côte.

À Accra, en 2003, deux cents femmes se tinrent côte à côte.

Elles demandaient la paix.

Sources

  1. Leymah Gbowee, biographie (Fondation Nobel, NobelPrize.org) www.nobelprize.org
  2. Leymah Gbowee (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org

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