Rwanda, 1994
Capitaine Mbaye Diagne
Officier sénégalais non armé de la mission de l'ONU au Rwanda, le capitaine Mbaye Diagne sauva des centaines de personnes pendant le génocide de 1994. Une médaille de l'ONU pour le courage exceptionnel porte son nom depuis 2014.

Vies inspirantes · Justice et réconciliation
C'était en 1994, à Kigali, au Rwanda, pendant le génocide contre les Tutsi.
La première ministre, Agathe Uwilingiyimana, avait été assassinée.
Ses quatre enfants avaient survécu. Ils se cachaient dans l'enceinte du Programme des Nations Unies pour le développement, tout près de l'Hôtel des Mille Collines.
Un officier de l'ONU les trouva. Il s'appelait Mbaye Diagne. Il était capitaine dans l'armée sénégalaise.
On lui avait promis que des blindés de l'ONU viendraient chercher les enfants. Les blindés n'arrivèrent jamais.
Alors il fit autrement. Il installa les enfants dans sa voiture et les dissimula sous des vêtements.
Puis il passa les barrages jusqu'à l'aéroport de Kigali.
Là, un avion canadien les emmena au Kenya.
Mbaye Diagne était né le 18 mars 1958 à Koki, dans la région de Louga, au Sénégal. Il avait grandi à Pikine, dans la banlieue de Dakar.
Sa langue était le wolof. Il apprit aussi le français et l'anglais.
Il était l'un de neuf enfants, et le premier de sa famille à aller à l'université. Puis il entra à l'École nationale des officiers d'active.
En 1993, il fut envoyé au Rwanda. Il devint observateur militaire de la Mission des Nations Unies pour l'assistance au Rwanda, la MINUAR.
Il n'avait pas d'arme. Plusieurs fois, il risqua sa vie pour sauver des gens.
Aux barrages, il parlait plusieurs langues. Il connaissait des soldats, des miliciens. Il plaisantait pour faire tomber la tension.
Il donnait des cigarettes, de l'argent, de l'alcool, lui qui était un musulman pieux.
D'habitude, il ne transportait pas plus de cinq personnes à la fois. Un jour, il passa une journée entière à mettre à l'abri vingt-cinq Tutsi du quartier de Nyamirambo.
Il les menait à l'Hôtel des Mille Collines, ou au stade Amahoro, sous la garde de l'ONU.
Il appelait souvent sa femme. Une fois, il lui passa au téléphone des Rwandais qu'il venait de conduire en lieu sûr.
Combien de vies a-t-il sauvées ? Les estimations varient : des dizaines et des dizaines, selon le général Dallaire. Jusqu'à six cents, selon le département d'État américain.
Le 31 mai 1994, à Kigali, un obus de mortier tomba près de son véhicule, à un poste de contrôle.
Il mourut sur le coup. Il lui restait douze jours de mission.
Cinq jours plus tard, son corps fut rapatrié au Sénégal. Il fut inhumé avec les honneurs militaires.
Son épouse, Yacine Mar Diop, se souvenait de lui ainsi :
« un homme jovial et généreux »
Pendant vingt ans, sa famille ne reçut aucun mot de reconnaissance du siège de l'ONU.
Puis, le 8 mai 2014, le Conseil de sécurité créa la médaille Capitaine Mbaye Diagne pour courage exceptionnel. Le 19 mai 2016, Ban Ki-moon remit la première à sa veuve.
Mbaye Diagne était un Sénégalais de langue wolof, un musulman pieux. Ce qu'il fit pour des inconnus fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre.
Il reste de lui l'image d'une voiture qui s'approche d'un barrage. Et, sous des vêtements, des enfants qui allaient vivre.
Sources
- Mbaye Diagne (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org
- La famille d'un Casque bleu qui a sauvé des centaines de vies au Rwanda partage ses souvenirs (ONU Info, 2016) news.un.org
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