Rwanda et Canada, 1994

Roméo Dallaire

Commandant de la mission de l'ONU au Rwanda en 1993-1994, le général Roméo Dallaire réclama en vain les moyens d'empêcher le génocide contre les Tutsi. Il témoigna ensuite de ce qu'il avait vu et se consacra aux enfants soldats.

Photo : Roméo Dallaire in 2012 · Brianne Warner, U.S. AFRICOM · Domaine public · via Wikimedia Commons

Vies inspirantes · Canada et Québec

C'était le 6 avril 1994, à Kigali, au Rwanda.

Ce jour-là, l'avion du président Habyarimana fut abattu au-dessus de la ville. Ce jour-là commença le génocide contre les Tutsi.

Le commandant des Casques bleus de l'ONU au Rwanda était un général canadien. Il s'appelait Roméo Dallaire.

Dix soldats belges de la mission étaient chargés de protéger la première ministre, Agathe Uwilingiyimana. Elle fut tuée. Les dix soldats aussi.

Roméo Dallaire avait vu venir le danger. Il avait averti le siège de l'ONU, à New York, qu'un massacre des Tutsi se préparait. Il avait demandé la permission d'agir.

On la lui avait refusée.

Il était né le 25 juin 1946 à Denekamp, aux Pays-Bas. Son père était un sous-officier canadien, sa mère une infirmière néerlandaise.

Le 13 décembre 1946, à six mois, il arriva à Halifax avec sa mère. Il grandit dans l'est de Montréal.

Il devint soldat. Il passa par le Collège militaire royal de Saint-Jean, puis par celui de Kingston.

En 1993, l'ONU lui confia sa mission au Rwanda : la MINUAR, la Mission des Nations Unies pour l'assistance au Rwanda.

Il estimait qu'il faudrait 5 000 soldats bien équipés. Le Conseil de sécurité refusa. Il réduisit même la mission à 270 soldats.

On estime que lui et son équipe ont sauvé quelque 32 000 personnes.

Le génocide dura du 6 avril au 16 juillet 1994. Environ 800 000 personnes furent tuées.

Il rentra au Canada. En 2004, il dira : « Le Rwanda ne me quittera jamais » (traduction libre).

Il souffrit d'un trouble de stress post-traumatique, de dépression, d'insomnie. Il choisit d'en parler ouvertement.

En avril 2000, il quitta les Forces armées.

En janvier 2004, il témoigna devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda, contre Théoneste Bagosora.

En 2003, il publia son récit : J'ai serré la main du diable. Le livre reçut le prix du Gouverneur général.

Il défendait une idée simple, qu'il résuma ainsi en 2006 :

« Aucun être humain n'est plus humain qu'un autre. »
Roméo Dallaire, discours au Queens College, New York, 2006 (traduction libre)

En 2005, il entra au Sénat du Canada. La même année, il reçut la médaille Pearson pour la paix.

Puis une autre cause prit toute la place : les enfants soldats. En 2010, il leur consacra un livre, They Fight Like Soldiers, They Die Like Children.

En 2014, il quitta le Sénat. Il voulait se consacrer entièrement à une mission : mettre fin au recrutement et à l'utilisation des enfants dans la violence.

En 2016, il publia encore un livre, sur son combat contre le stress post-traumatique.

Cette conviction d'un soldat québécois fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre.

Il reste de lui l'image d'un général qui n'a pas pu tout empêcher. Et qui, depuis, a consacré sa vie à dire au monde ce qu'il avait vu.

Sources

  1. Roméo Dallaire (L'Encyclopédie canadienne) thecanadianencyclopedia.ca
  2. Roméo Dallaire (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org

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