Afrique du Sud, 1999

Mogobe B. Ramose

Philosophe sud-africain formé en exil, Mogobe B. Ramose publie en 1999 African Philosophy Through Ubuntu. Il y montre que l'ubuntu est une vraie philosophie, celle d'un être humain toujours en relation et en mouvement.

Photo : Mogobe B. Ramose in 2018 · ALICE CES · CC BY 3.0 · via Wikimedia Commons

Vies inspirantes · Penseurs de l'Ubuntu

C'était en 1996, en Afrique du Sud.

Un philosophe rentrait chez lui après de longues années d'exil. Il venait occuper un poste de recherche à l'Université du Venda. Il avait en chantier un livre commencé en Europe, pas encore fini.

Il s'appelait Mogobe Bernard Ramose.

Tout avait commencé, raconte-t-il, par des histoires de famille. Enfant, il écoutait les récits des siens.

Un jour, il posa une drôle de question à sa mère. Si elle avait choisi un autre homme, qu'en serait-il des enfants qui ne seraient jamais nés ?

C'était déjà une question de philosophie.

Il fit ses études dans des écoles coloniales et missionnaires, puis dans des séminaires catholiques. On lui apprit le latin. On lui apprit la pensée de l'Europe.

Il excellait en latin. Mais sa langue maternelle, elle, n'avait aucune place à l'université. Il en garda un malaise.

Sous l'apartheid, il quitta l'Afrique du Sud. Il devint réfugié politique en Belgique.

En 1983, il obtint un doctorat en philosophie à l'Université catholique de Louvain. Il étudia aussi les relations internationales à la London School of Economics.

Pendant l'exil, il enseigna la philosophie occidentale en Europe. Il enseigna la philosophie du droit à Tilburg, aux Pays-Bas.

Il enseigna aussi en Afrique. Il donna des cours de philosophie africaine et d'éthique à l'Université du Zimbabwe, et de philosophie à Addis-Abeba, en Éthiopie.

Sa pensée politique devait beaucoup à Robert Sobukwe, le fondateur du Pan Africanist Congress.

On disait que la raison appartenait à la seule philosophie occidentale. Lui contestait cette idée : l'Afrique pense, elle aussi.

En 1999, son livre parut à Harare, chez Mond Books. Il s'intitulait African Philosophy Through Ubuntu.

Ramose y prenait l'ubuntu au sérieux. Pas comme un joli mot. Comme une philosophie, capable de penser la justice et le droit.

Il regardait le mot de près. Le radical -ntu, expliquait-il, dit le processus de la vie, l'univers qui se déploie. L'être n'est jamais figé. Il est en mouvement, il coule.

Il rappelait aussi une maxime en sotho, Motho ke motho ka batho : une personne est une personne par les autres.

« être humain, c'est affirmer son humanité en reconnaissant l'humanité des autres. »
Mogobe B. Ramose, cité par Heinz Kimmerle, 2006 (traduction libre)

Il en tirait une conséquence grave. La colonisation et le racisme niaient cette humanité partagée. Celle du colonisé, mais aussi celle du colonisateur.

Le livre fut réédité en 2005 et traduit en néerlandais.

Ramose devint professeur au département de philosophie de l'Université d'Afrique du Sud, l'UNISA, à Pretoria.

Il resta vigilant. L'ubuntu figurait dans le préambule de la Constitution provisoire de 1993. Il disparut de la Constitution de 1996. Ramose y vit une forme d'« apartheid épistémique ».

Pourtant, disait-il, l'ubuntu vit toujours. Dans les villages. Dans les relations de tous les jours. Dans les langues africaines, à la radio, dans la manière d'enterrer les morts.

Il appelait son travail Mothofatso : l'humanisation.

En 2019, des collègues lui consacrèrent un livre d'hommage, The Tenacity of Truthfulness.

L'enfant qui interrogeait sa mère sur les enfants jamais nés était devenu ce philosophe. Pour lui, c'est cela, l'ubuntu : chacun devient humain avec les autres, et jamais une fois pour toutes.

Le garçon qui excellait en latin avait fini par penser avec les mots de chez lui.

Sources

  1. Mogobe Ramose (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org
  2. Prof. Mogobe Ramose (GloPhi, Université de Hildesheim) www.uni-hildesheim.de
  3. Ubuntu beyond the canon (GloPhi, Université de Hildesheim, 2026) www.uni-hildesheim.de
  4. Ubuntu and communalism in African philosophy and art, Heinz Kimmerle (Rozenberg Quarterly, 2006) rozenbergquarterly.com

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