Kenya, 1969
John S. Mbiti
Théologien kényan et prêtre anglican, John S. Mbiti contesta, dans son livre de 1969, l'idée que les religions africaines seraient démoniaques. Une de ses phrases est souvent citée : « Je suis, parce que nous sommes. »
Vies inspirantes · Penseurs de l'Ubuntu
C'était le 30 novembre 1931, à Mulango, dans le comté de Kitui, dans l'est du Kenya.
Un garçon naquit dans une famille chrétienne du peuple akamba. Ses parents, Samuel Mutuvi Ngaangi et Valesi Mbandi Kiimba, cultivaient la terre. Ils eurent six enfants.
Il fut le premier à survivre. On lui donna le nom de Mbiti. C'était une prière : un merci, et un vœu pour qu'il vive.
Il vécut. Et il apprit.
Il étudia à l'Alliance High School, puis à Makerere, en Ouganda, d'où il sortit diplômé en 1953. Il traversa ensuite l'océan, jusqu'au Barrington College, au Rhode Island.
Mais il n'oubliait pas sa langue. En 1954, il publia un roman en kamba. Puis il composa un vocabulaire anglais-kamba.
Il recueillit environ 1 500 récits traditionnels de son peuple. Une partie parut en 1966, sous le titre Akamba Stories.
Il y avait pourtant une contradiction dans sa vie.
Enfant, on lui avait appris que l'héritage religieux et culturel africain était démoniaque et contraire au christianisme.
Il partit à Cambridge, en Angleterre. En 1963, il y obtint un doctorat en théologie. La même année, il fut ordonné prêtre anglican. Il servit d'abord dans une paroisse anglaise.
En 1964, il rentra en Afrique. À Makerere, il enseigna la religion traditionnelle africaine.
Plus tard, il expliqua que son regard avait changé en étudiant avec soin l'arrière-plan religieux de son propre peuple.
En 1969 parut son premier livre, African Religions and Philosophy.
Le livre était né de sa thèse. Il parlait des croyances de quelque 300 peuples d'Afrique. Il contestait une idée ancienne : que ces religions seraient l'œuvre du démon.
Mbiti écrivait que, partout où se trouve l'Africain, il y a la religion.
Une de ses phrases fut souvent citée :
« Je suis, parce que nous sommes ; et puisque nous sommes, donc je suis. »
Le livre fut réédité presque chaque année. On le traduisit en sept langues. Mbiti écrivit en tout plus de cinquante livres.
En 1974, il quitta l'Afrique pour l'Institut œcuménique de Bossey, près de Genève, qu'il dirigea. Puis il devint pasteur à Burgdorf, en Suisse, et enseigna à l'Université de Berne.
À la retraite, il revint à ses premiers mots. Il traduisit le Nouveau Testament du grec vers le kamba, sa langue maternelle. La traduction parut en 2014.
Il mourut le 5 octobre 2019 à Burgdorf. Il avait 87 ans.
Sa phrase, elle, n'a pas cessé de voyager. Avec les mots d'un fils des Akamba, elle fait écho à ce que l'Ubuntu affirme : une personne n'est une personne que par les autres.
Un enfant dont le nom était une prière pour qu'il vive. Un vieil homme qui rendait à son peuple des textes dans sa propre langue. Entre les deux, une seule conviction : on n'existe jamais tout seul.
Sources
- John Mbiti (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org
- John S. Mbiti (EBSCO Research Starters) ebsco.com
- African theologian John Samuel Mbiti dies at 87 (The Christian Century, 2019) www.christiancentury.org
- Mbiti debunked myths on African religions (Daily Nation) nation.africa
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