Kahnawà:ke, 1985
Mary Two-Axe Earley
Femme kanien'kehá:ka de Kahnawà:ke, Mary Two-Axe Earley perd son statut d'Indienne en épousant un non-Autochtone. Après près de vingt ans de lutte contre cette discrimination de la Loi sur les Indiens, elle devient en 1985 la première personne réintégrée dans son statut.

Vies inspirantes · Premières Nations et Sept générations
C'était le 5 juillet 1985, à Toronto.
Une femme de soixante-treize ans reçut une lettre. Elle venait du ministre David Crombie.
La lettre lui rendait ce qu'on lui avait retiré presque cinquante ans plus tôt : son statut d'Indienne.
Elle s'appelait Mary Two-Axe Earley.
« Maintenant, j'aurai de nouveau des droits légaux. »
Mary était née le 4 octobre 1911 à Kahnawà:ke, une communauté kanien'kehá:ka, sur le Saint-Laurent, au sud de Montréal. Sa mère était oneida. Elle était enseignante, guérisseuse et infirmière.
Une partie de l'enfance de Mary se passa à Fort Totten, au Dakota du Nord. Elle avait environ dix ans quand sa mère mourut de la grippe espagnole, en soignant des élèves malades. Mary revint alors à Kahnawà:ke.
À dix-huit ans, elle partit travailler à Brooklyn, à New York.
En 1938, à Kahnawà:ke, elle épousa Edward Earley, un ingénieur irlando-américain. Ils élevèrent deux enfants à Brooklyn. L'été, ils revenaient à Kahnawà:ke.
Mais un article de la Loi sur les Indiens disait ceci : une femme inscrite qui épousait un homme non inscrit perdait son statut. Elle perdait ses droits, et sa place sur la terre des siens. La règle ne visait que les femmes.
En 1966, une amie kanien'kehá:ka mourut dans les bras de Mary, d'une crise cardiaque. Elle avait perdu sa maison à cause de cette loi. Mary pensait que le stress y était pour quelque chose.
Cette année-là, elle commença à écrire des lettres et à donner des discours. En 1967, elle fonda Equal Rights for Indian Women, puis cofonda Indian Rights for Indian Women. En 1968, elle témoigna devant la Commission royale d'enquête sur la situation de la femme.
En 1969, son mari mourut. Mary voulut vivre dans la maison héritée de ses grands-parents, à Kahnawà:ke. Mais, sans statut, elle ne pouvait pas posséder de maison sur la réserve. Elle dut la céder à sa fille.
Elle se disait « invitée dans sa propre maison ».
En 1974, elle aida à fonder Femmes autochtones du Québec.
En 1975, elle se rendit à Mexico pour la conférence de l'Année internationale de la femme, avec une soixantaine de femmes de Kahnawà:ke. Le conseil de bande délivra des avis d'expulsion de la réserve.
La presse s'en mêla. Les avis furent retirés.
En 1979, elle reçut le Prix du Gouverneur général en commémoration de l'affaire « personne ».
Au début des années 1980, elle demanda à parler à une conférence des premiers ministres. On le lui refusa. Le premier ministre du Québec, René Lévesque, lui offrit alors son propre siège.
Le 28 juin 1985, le projet de loi C-31 reçut la sanction royale. La discrimination fondée sur le sexe était retirée de la loi.
Une semaine plus tard, à Toronto, Mary fut la première à retrouver son statut. Après elle, environ seize mille femmes des Premières Nations et quarante-six mille de leurs descendants purent le retrouver aussi.
Elle mourut le 21 août 1996 à Kahnawà:ke, à quatre-vingt-quatre ans. Comme elle le souhaitait, elle repose dans le cimetière catholique de la réserve.
En 2025, le Canada l'a désignée personnage historique national.
Mary Two-Axe Earley était kanien'kehá:ka, fille d'une mère oneida. Sa lutte fait écho à l'Ubuntu sans s'y confondre : on n'appartient pas à un peuple par la loi, mais par les liens qui nous unissent aux siens.
Une femme avait été une invitée dans sa propre maison.
Elle a ouvert la porte à des milliers d'autres.
Sources
- Mary Two-Axe Earley (L'Encyclopédie canadienne) www.thecanadianencyclopedia.ca
- Mary Two-Axe Earley (1911-1996), personnage historique national (Parcs Canada, 2025) parks.canada.ca
- Mary Two-Axe Earley (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org
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