Ghana, 1997

Kwame Gyekye

Philosophe ghanéen nourri de la pensée akan, Kwame Gyekye enseigna pendant quarante ans à l'Université du Ghana. Il défendit un « communautarisme modéré » où la communauté compte, sans jamais effacer la dignité de chaque personne.

Vies inspirantes · Penseurs de l'Ubuntu

C'était en 1969, à Legon, à l'Université du Ghana.

Un jeune philosophe commença à y enseigner. Il s'appelait Kwame Gyekye. Il allait rester quarante ans.

Il était né le 10 novembre 1939, à Ahanta, dans la région de l'Ouest. Le pays s'appelait encore la Côte-de-l'Or.

Enfant, il grandit dans les traditions akan. Il apprit les proverbes. Il écouta les récits que l'on se transmet de bouche à oreille, ceux qui disent ce qu'est un être humain, une personne.

Il étudia à l'école Mfantsipim, puis à Legon : l'histoire, les langues, la philosophie. Il passa un temps à Oxford. Puis il partit à Harvard, où il écrivit une thèse sur la philosophie gréco-arabe.

Puis il rentra.

À Legon, il dirigea le département de philosophie. Il fit entrer les philosophies africaines dans le programme.

En 1987, il publia chez Cambridge University Press un essai sur la pensée philosophique africaine, à partir des idées akan. Dans ses écrits, il parlait de l'okra, l'âme qui, pour les Akan, vient de Dieu.

Pour lui, chaque personne a une valeur en elle-même. Elle ne la reçoit pas des autres. Elle ne la gagne pas.

Il cita un proverbe akan :

« Toutes les personnes sont enfants de Dieu ; personne n'est enfant de la terre. »
Proverbe akan, cité par Kwame Gyekye (traduction libre)

Un débat traversait la philosophie africaine. Un autre philosophe, Ifeanyi Menkiti, disait que la communauté passe avant tout. Que les devoirs envers le groupe viennent avant les droits de chacun.

Kwame Gyekye n'était pas d'accord. Pas tout à fait.

Oui, disait-il, nous sommes des êtres de communauté. Mais chaque personne est aussi un individu autonome, capable de juger les règles de sa communauté.

Il débattit aussi avec Kwasi Wiredu, avec qui il avait codirigé un livre, Person and Community, en 1992. Pour Wiredu, on devient une personne. Pour Gyekye, tous les humains le sont déjà : ce n'est pas un grade à atteindre.

En 1997, il publia Tradition and Modernity, chez Oxford University Press. Sa pensée porte un nom : le « communautarisme modéré ». La communauté compte. Mais elle doit protéger la dignité et les droits de chaque personne.

Il enseigna aussi aux États-Unis, à l'Université Temple, à Philadelphie. Il écrivit l'article « African Ethics » de la Stanford Encyclopedia of Philosophy.

En 2009, il prit sa retraite. En 2018, il reçut un prix portant le nom de Kwame Nkrumah.

Il mourut au Ghana le 13 avril 2019, à 79 ans.

Sa pensée fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre. Elle vient d'Afrique de l'Ouest, de la langue et des proverbes akan. Elle dit, elle aussi, que nous avons besoin les uns des autres, mais que personne ne doit disparaître dans le « nous ».

Le 22 avril 2024, cinq ans après sa mort, l'Université du Ghana organisa une première conférence en sa mémoire. On y parla de citoyenneté, d'appartenance et de responsabilité partagée.

Elle doit devenir annuelle.

À Legon, où il enseigna quarante ans, son nom rassemble encore.

Sources

  1. Kwame Gyekye (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org
  2. Kwame Gyekye (1939-2019) (Daily Nous, 2019) dailynous.com
  3. Late Emeritus Prof. Kwame Gyekye's Intellectual Legacy Celebrated with Maiden Memorial Lecture (Université du Ghana, 2024) lawlibrary.ug.edu.gh
  4. Ifeanyi Menkiti's Notion of Personhood and the Problem of Human Rights, mémoire de maîtrise d'Edwin Erzuah (Université du Ghana, 2020) ugspace.ug.edu.gh

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