Nigeria, 1984

Ifeanyi Menkiti

Philosophe et poète né à Onitsha, au Nigeria, Ifeanyi Menkiti enseigna pendant des décennies au Wellesley College, aux États-Unis. En 1984, il écrivit qu'on ne naît pas pleinement personne : on le devient, au milieu des autres.

Vies inspirantes · Penseurs de l'Ubuntu

C'était en 1961. Un jeune homme du Nigeria arriva aux États-Unis pour étudier.

Il s'appelait Ifeanyi Menkiti. Il était né le 24 août 1940, à Onitsha, dans une région autrefois appelée Biafra.

Il entra au Pomona College. Il en sortit diplômé en 1964.

Puis il continua. Columbia, à New York. L'Université de New York. Enfin Harvard, où il obtint en 1974 un doctorat de philosophie.

Sa thèse portait sur la responsabilité collective.

En 1973, il entra au Wellesley College, aux États-Unis. Il allait y enseigner pendant des décennies.

Il y apporta des cours nouveaux. La philosophie africaine. L'éthique médicale. La philosophie du droit. La philosophie et la littérature.

Plus tard, le collège écrira que personne n'avait fait plus que lui pour enrichir son enseignement de la philosophie.

Car Ifeanyi Menkiti n'était pas seulement philosophe. Il était aussi poète.

En 1971, il publia un premier recueil, Affirmations. En 1978, un deuxième, The Jubilation of Falling Bodies. Cette même année, le conseil des arts du Massachusetts lui remit un prix de poésie. Ses poèmes passèrent à la radio publique américaine.

Pour lui, la poésie et la philosophie se rejoignaient. La poésie, disait-il, parle du sens de la vie, et du sens du sens, tout comme la philosophie.

En 1984, il publia un court texte. Une douzaine de pages, dans un livre d'introduction à la philosophie africaine. Son titre : « Person and Community in African Traditional Thought ». La personne et la communauté dans la pensée africaine traditionnelle.

Ce texte allait marquer une génération de philosophie sociale et politique africaine.

Menkiti jugeait que la phrase de Descartes, « Je pense, donc je suis », n'était qu'une vérité partielle.

Il trouvait plus sage de dire :

« Je suis, parce que nous sommes. »
Ifeanyi Menkiti, cité par le Wellesley Magazine (traduction libre)

Il s'appuyait sur les idées africaines traditionnelles de la personne. Et il en tirait une pensée forte : être une personne, cela ne se possède pas d'office. Cela s'atteint.

On le devient par des actes moralement justes. Au milieu des autres.

Être une personne, pour lui, avait donc une portée morale.

À Cambridge, à Harvard Square, il y avait une librairie historique consacrée à la poésie : la Grolier Poetry Book Shop. Ifeanyi Menkiti en devint le propriétaire. On dit qu'il l'avait sauvée.

Il publia encore d'autres recueils, dont Of Altair, the Bright Light. Altaïr, la lumière vive : le nom d'une étoile.

Il mourut le 17 juin 2019. Il était professeur émérite de philosophie à Wellesley.

Après sa mort, un lecteur du magazine de Wellesley écrivit qu'il retenait de lui ses lumières, son intégrité et sa bonté.

Sa pensée fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre. Elle naît des traditions africaines de la personne, et elle dit, elle aussi, que l'on devient humain par les autres et avec eux.

Un homme venu d'Onitsha, une étoile nommée Altaïr, une librairie de poèmes à Harvard Square. Et, entre les trois, une phrase qui voyage encore : je suis, parce que nous sommes.

Sources

  1. Ifeanyi Menkiti (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org
  2. Ifeanyi Menkiti, in memoriam (Wellesley Magazine, Wellesley College) magazine.wellesley.edu
  3. Ifeanyi Menkiti (GBH) www.wgbh.org

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