Canada, 2016
Cindy Blackstock
Travailleuse sociale de la Nation gitxsan, Cindy Blackstock a porté plainte contre Ottawa en 2007 pour le sous-financement des services aux enfants des Premières Nations. En 2016, le Tribunal canadien des droits de la personne lui a donné raison.
Vies inspirantes · Premières Nations et Sept générations
C'était le 26 janvier 2016, au Canada.
Ce jour-là, le Tribunal canadien des droits de la personne rendit sa décision. Pendant neuf ans, une femme avait porté cette cause. Aux audiences, un petit ourson en peluche l'avait accompagnée.
Elle s'appelait Cindy Blackstock.
Elle était née vers 1964, à Burns Lake, en Colombie-Britannique. Sa mère n'était pas autochtone. Son père était gitxsan. Elle est membre de la Nation gitxsan.
Son père travaillait pour le service forestier. La famille déménageait souvent.
Enfant, elle connut la morsure du racisme envers les Autochtones. Elle vit comment les préjugés façonnaient l'idée que les enfants autochtones se faisaient d'eux-mêmes et de leur avenir.
Elle étudia à l'Université de la Colombie-Britannique. Puis elle devint travailleuse sociale, en protection de l'enfance.
Elle en vint à une conclusion. Derrière les difficultés de beaucoup d'enfants autochtones, il y avait des racines : les dépendances, les traumatismes, la pauvreté.
Elle cofonda la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations, et en devint la directrice générale.
Il y eut aussi l'histoire de Jordan River Anderson, un petit garçon de la Nation crie de Norway House, au Manitoba. Il mourut en 2005, à cinq ans. Pendant ce temps, les gouvernements se disputaient pour savoir qui paierait ses soins.
De là naquit le principe de Jordan : d'abord les besoins de l'enfant, ensuite la facture.
En 2007, avec l'Assemblée des Premières Nations, la Société de soutien porta plainte. Elle accusait le Canada de discriminer les enfants des Premières Nations en finançant moins les services à l'enfance dans les réserves.
Trente jours plus tard, le gouvernement fédéral coupa le financement de la Société de soutien. Le ministère des Affaires autochtones plaça Cindy Blackstock sous surveillance.
Elle ne recula pas.
En 2011, la plainte fut rejetée. En 2012, la Cour fédérale annula ce rejet. En 2013, la Cour d'appel fédérale rejeta l'appel du Canada. Les audiences purent commencer.
Le combat eut une mascotte : un ourson en peluche nommé Spirit Bear. Cindy Blackstock vint avec lui aux audiences du Tribunal. Sur la colline du Parlement, elle se tint avec des enfants qui tenaient des oursons.
La loi n'est pas juste par nature, disait-elle.
« La vraie justice naît seulement quand la loi rejoint l'amour et la compassion. »
Et ce lien, disait-elle, ce sont les enfants et leurs oursons qui l'apportent.
En 2012, sur la colline du Parlement, eut lieu le premier Have a Heart Day, la journée « Ayez du cœur ». Elle revient chaque 14 février.
Puis vint le 26 janvier 2016. Le Tribunal trancha. Le sous-financement des services, et le refus d'appliquer le principe de Jordan, étaient discriminatoires. Cent soixante-trois mille enfants étaient touchés.
Le combat ne s'arrêta pas là. De 2016 à 2019, le Tribunal rendit d'autres ordonnances de suivi.
En 2019, elle fut nommée officière de l'Ordre du Canada. En octobre 2023, un juge fédéral approuva une entente de plus de 23 milliards de dollars.
Elle obtint un doctorat en travail social à l'Université de Toronto. Elle enseigne à l'École de travail social de l'Université McGill, à Montréal. Spirit Bear devint aussi le héros de livres pour enfants.
Le combat de cette femme gitxsan fait écho à l'Ubuntu sans s'y confondre : un enfant laissé de côté, c'est toute la communauté qui en souffre.
Aux audiences du Tribunal, il y avait un petit ourson en peluche.
Il rappelait pour qui l'on était là.
Sources
- Cindy Blackstock (L'Encyclopédie canadienne) thecanadianencyclopedia.ca
- Cindy Blackstock (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org
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