Manitoba, 1990
Elijah Harper
Député oji-cri à l'Assemblée législative du Manitoba, Elijah Harper refusa en juin 1990, une plume d'aigle à la main, le consentement nécessaire pour adopter à temps l'accord du lac Meech. Son « non » contribua à faire échouer l'accord et devint un symbole de l'affirmation autochtone.

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C'était le 12 juin 1990, à Winnipeg, au Manitoba.
Des chefs des Premières Nations marchaient vers l'Assemblée législative. Les agents de sécurité tentèrent de les arrêter. Il y eut des bousculades.
Les chefs passèrent quand même. Ils gagnèrent la tribune.
Dans la salle, un député oji-cri tenait une plume d'aigle. Il s'appelait Elijah Harper. Et il dit : « Non. »
L'accord du lac Meech était une série de modifications de la Constitution. Il visait à garder le Québec au sein du Canada.
Pour être adopté, il lui fallait l'accord unanime du Parlement et des dix provinces. Au Manitoba, on pensait que le vote passerait facilement.
Mais les chefs autochtones s'y opposaient. L'accord, disaient-ils, ignorait leurs droits et leur place dans le pays.
Or, les règles de l'Assemblée exigeaient un consentement unanime pour en débattre à temps. Un seul « non » suffisait à tout arrêter.
Entre le 12 et le 21 juin, Elijah Harper dit « non » huit fois. Toujours la plume d'aigle à la main.
Avant cela, Phil Fontaine, grand chef de l'Assemblée des chefs du Manitoba, avait appelé Harper. Les deux hommes s'étaient rencontrés plus d'une heure, à l'hôtel Charter House de Winnipeg.
Harper craignait pour sa carrière. Fontaine l'invita à se concentrer sur ce grand enjeu.
Elijah Harper était né le 3 mars 1949, à Red Sucker Lake, une réserve du nord du Manitoba.
Enfant, il fut envoyé dans des pensionnats, à Norway House, à Brandon, à Birtle. Plus tard, il étudia à l'Université du Manitoba, en 1971 et 1972.
En 1978, les siens l'élurent chef de la bande de Red Sucker Lake.
En 1981, il devint député néo-démocrate de Rupertsland, à l'Assemblée du Manitoba. Le 17 avril 1986, il devint ministre sans portefeuille, responsable des Affaires autochtones.
En 1990, il était le seul député autochtone de l'Assemblée.
Il expliqua son geste ainsi :
« Je m'opposais à l'accord du lac Meech : nous étions exclus de la Constitution. »
Le Manitoba ne put voter à temps. Terre-Neuve suivit. Son premier ministre, Clyde Wells, annula le vote prévu. L'accord échoua.
Pour Phil Fontaine, ce fut un moment puissant pour les Premières Nations. « Nous avons compris très vite que notre voix comptait », dit-il (traduction libre).
Elijah Harper continua sa route. En 1993, il fut élu député fédéral de Churchill, pour les libéraux. En 1999, il devint commissaire à la Commission des revendications des Indiens.
Il mourut à Ottawa le 17 mai 2013, à soixante-quatre ans.
Elijah Harper était oji-cri. Son « non », il le dit pendant que les chefs des Premières Nations étaient là, dans la tribune. Cette façon de parler avec les siens fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre.
On se souvient d'un mot très court. Le plus court de tous.
Et d'une plume d'aigle, tenue dans une salle où l'on avait si longtemps décidé sans les Premières Nations.
Sources
- Elijah Harper (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org
- Elijah Harper, Phil Fontaine et l'accord du lac Meech, 25 ans plus tard (CBC News, 2015) www.cbc.ca
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