Ontario, 2008

Shannen Koostachin

Jeune Crie de la Première Nation d'Attawapiskat, Shannen Koostachin se battit pour que les enfants de sa communauté aient enfin une vraie école. Après sa mort, en 2010, son combat devint le Rêve de Shannen.

Vies inspirantes · Premières Nations et Sept générations

C'était en mai 2008, à Ottawa.

Trois jeunes de la Première Nation d'Attawapiskat rencontrèrent un ministre. Parmi eux, une adolescente crie de treize ans. Elle s'appelait Shannen Koostachin.

Pour venir jusque-là, sa classe avait fait un choix. Elle avait renoncé à son voyage de fin d'année, aux chutes du Niagara. L'argent avait servi à payer ce voyage-ci.

Shannen était née le 12 juillet 1994, à Attawapiskat, sur la côte de la baie James, en Ontario. Enfant, on l'appelait Shan Shan.

Elle n'avait presque jamais connu de vraie école.

En 1979, du diesel avait fui dans le sol, sous l'école primaire J. R. Nakogee. La fuite n'avait jamais été vraiment nettoyée. En 2000, l'école avait fermé.

À sa place, on avait posé des roulottes sur le terrain de jeu. Une « école temporaire ». Environ 400 enfants y suivaient leurs cours. Les murs isolaient mal. L'air circulait mal.

Les années passèrent. Trois ministres promirent une nouvelle école. Aucun ne tint parole.

Alors les élèves lancèrent une campagne : écrire au gouvernement fédéral. Ils voulaient une école « sûre et confortable ». Rien de plus.

En 2008, le ministre Chuck Strahl répondit que le gouvernement ne pouvait pas payer une nouvelle école.

C'est pour cela que Shannen était à Ottawa, ce jour de mai.

Le ministre leur répéta la même chose. Il n'y avait pas d'argent.

Shannen ne baissa pas les bras. Sur la colline du Parlement, elle prit la parole. Elle promit de continuer.

Cette même année, elle fut proposée pour le Prix international de la paix des enfants.

En 2009, à Toronto, elle parla encore, devant 500 autres enfants réunis pour le droit à l'éducation.

Pour aller au secondaire, elle dut quitter sa communauté. À quatorze ans, elle partit avec sa sœur Serena, à environ 600 kilomètres, à New Liskeard.

Elle laissa aux autres jeunes un conseil simple :

« lève-toi, prends tes livres et continue de marcher dans tes mocassins. »
Shannen Koostachin, citée par la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations (traduction libre)

En 2010, Shannen mourut dans un accident de la route, près de Temagami. Elle avait quinze ans.

Après sa mort, la campagne prit son nom : le Rêve de Shannen. Une école sûre et confortable pour chaque enfant des Premières Nations.

Le 27 février 2012, à Ottawa, la Chambre des communes vota à l'unanimité une motion portée par le député Charlie Angus, la motion 201.

Le 22 juin 2012, on commença à construire la nouvelle école d'Attawapiskat. C'était le jour où Shannen aurait reçu son diplôme.

Elle ouvrit ses portes en 2014. Elle s'appelle l'école Kattawapiskak.

En 2015, une statue de Shannen fut dévoilée à New Liskeard. La cinéaste Alanis Obomsawin raconta son combat dans un film, Hi-Ho Mistahey! C'était l'une de ses expressions préférées. Elle veut dire : « Je t'aime pour toujours. »

Elle était crie, fille d'Attawapiskat. La façon dont sa communauté, et tant d'enfants avec elle, portèrent son rêve ensemble fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre.

Une adolescente avait demandé une école. Elle ne l'a jamais vue. Mais depuis 2014, à Attawapiskat, des enfants vont à l'école qu'elle avait réclamée.

Sources

  1. Shannen Koostachin (L'Encyclopédie canadienne) thecanadianencyclopedia.ca
  2. Honouring Shannen Koostachin (Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations du Canada) fncaringsociety.com
  3. Shannen's Dream (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org

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