Lituanie, 1940

Chiune Sugihara

Consul du Japon à Kaunas en 1940, Chiune Sugihara signa des milliers de visas de transit pour des réfugiés juifs, malgré le refus de Tokyo. Yad Vashem le reconnut Juste parmi les nations en 1984.

Photo : Chiune Sugihara · Unknown author · Domaine public · via Wikimedia Commons

Vies inspirantes · Justice et réconciliation

C'était en juillet 1940, à Kaunas, en Lituanie.

Devant le consulat du Japon, une longue file attendait. Des réfugiés juifs fuyaient les nazis. L'armée soviétique venait d'occuper le pays.

Ils cherchaient une porte de sortie. Il y en avait une, étroite : l'île de Curaçao, une colonie néerlandaise qui n'exigeait pas de visa d'entrée.

Mais pour y aller, il fallait traverser l'Union soviétique, puis le Japon. Il fallait un visa de transit japonais.

Derrière la porte du consulat, il y avait un homme : Chiune Sugihara.

Il était né le 1er janvier 1900, à Mino, dans la préfecture de Gifu. Son père voulait en faire un médecin. Le jeune homme rata exprès l'examen d'entrée. En 1918, il partit étudier l'anglais à l'université Waseda.

Il devint diplomate. À Harbin, il apprit le russe auprès d'émigrés russes. En 1936, il épousa Yukiko Kikuchi.

En novembre 1939, on l'envoya à Kaunas. Il était le premier diplomate japonais en Lituanie. Sa mission : observer les mouvements des armées.

Puis les réfugiés arrivèrent à sa porte.

Une délégation, menée par Zerach Warhaftig, lui demanda des visas. Sugihara écrivit à Tokyo. La réponse fut non. Il écrivit encore. Encore non.

Le télégramme était clair : sans papiers en règle, « vous ne devez pas leur accorder de visas de transit ».

Sugihara et sa femme ne dormaient plus. « Nous ne pouvions pas dormir la nuit », raconta Yukiko.

Il avait déjà commencé à signer.

Il écrivit des visas à la main, de dix-huit à vingt heures par jour. Il en visait deux à trois cents par jour. Il appela des réfugiés à l'aide pour tamponner. Certains tampons furent posés à l'envers.

Une réfugiée, Lucille Camhi, se souvint de lui. Il les avait regardés avec compassion. Il leur avait donné le visa sur-le-champ.

Un jour, un certain Moshe Zupnik lui posa la question. Sugihara répondit simplement :

« Je le fais seulement parce que j'ai pitié de ces gens. »
Chiune Sugihara, à Moshe Zupnik (traduction libre)

Les Soviétiques ordonnèrent aux diplomates étrangers de partir. Au début de septembre 1940, Sugihara ferma le consulat.

À la gare, il continua d'écrire. Selon son fils Hiroki, il lança des visas par la fenêtre du train.

On rapporte qu'en partant, il dit aux réfugiés : « Pardonnez-moi. Je ne peux plus écrire. »

Il avait signé entre 2 100 et 3 500 visas de transit. Selon l'USHMM, environ trois cents personnes de plus, surtout des enfants, en bénéficièrent. Des milliers de personnes purent s'échapper.

Moins d'un an plus tard, en juin 1941, l'Allemagne envahit la Lituanie. La route se referma.

Sugihara fut ensuite envoyé à Prague, à Königsberg, puis à Bucarest. En 1944, les Soviétiques le détinrent avec sa famille pendant trois ans.

En 1947, de retour au Japon, on lui demanda de quitter le ministère. On parla de réduction des effectifs. Lui-même et sa femme y virent une punition pour sa désobéissance à Kaunas.

Il vécut de petits travaux. De 1960 à 1975, il travailla pour une société commerciale japonaise à Moscou.

Le 4 octobre 1984, Yad Vashem le reconnut Juste parmi les nations. Trop malade pour voyager, il laissa sa femme et ses enfants recevoir l'honneur.

Chiune Sugihara mourut le 31 juillet 1986, dans un hôpital de Kamakura.

Aujourd'hui, on estime que les descendants des personnes qu'il a aidées se comptent par dizaines de milliers.

Son pays lui avait dit non. Son geste fait écho à l'Ubuntu sans s'y confondre : reconnaître, dans un inconnu à sa porte, quelqu'un dont le sort nous regarde.

Il reste l'image d'un train qui s'éloigne.

Et, par la fenêtre, des visas lancés.

Sources

  1. Chiune-Sempo Sugihara, Visas to Japan (Yad Vashem) www.yadvashem.org
  2. Chiune (Sempo) Sugihara (Encyclopédie de la Shoah, USHMM) encyclopedia.ushmm.org
  3. Chiune Sugihara (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org

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