Afrique du Sud et Inde, 1906

Mahatma Gandhi

Jeune avocat jeté d'un train en Afrique du Sud parce qu'il était Indien, Gandhi y lança en 1906 sa première campagne de résistance non violente, le satyagraha. Des historiens rappellent aussi qu'il y désignait les Africains noirs par un terme méprisant.

Photo : Mohandas K. Gandhi in South Africa, 1906 · Unknown author · Domaine public · via Wikimedia Commons

Vies inspirantes · Justice et réconciliation

C'était en juin 1893, à la gare de Pietermaritzburg, au Natal.

Un jeune avocat indien voyageait vers Pretoria. Il avait un billet de première classe. On lui ordonna d'aller dans le fourgon.

Il refusa. On le poussa hors du train.

Il s'appelait Mohandas Gandhi. Il avait vingt-trois ans.

Plus tard, il appela ce moment son « moment de vérité ». Il décida de combattre l'injustice. De défendre ses droits, comme Indien et comme homme.

Mohandas était né le 2 octobre 1869 à Porbandar, en Inde, dans une famille hindoue. À dix-huit ans, il était parti étudier le droit à Londres.

Revenu en Inde, il n'avait pas réussi comme avocat à Bombay. Alors il avait accepté un contrat d'un an en Afrique du Sud, pour un marchand de Durban.

Le voyage vers Pretoria ne s'arrangea pas. Sur une diligence, un conducteur le frappa parce qu'il refusait de céder sa place.

Son contrat devait finir en 1894. Il resta. Un projet de loi allait retirer aux Indiens du Natal le droit de vote. Il fonda, le 22 août 1894, le Natal Indian Congress, pour défendre leurs droits.

Il lança un journal, Indian Opinion. Il créa une communauté agricole près de Durban, à Phoenix.

Puis vint 1906.

Au Transvaal, le gouvernement préparait une nouvelle loi. Chaque Indien, même un enfant de plus de huit ans, devrait s'enregistrer. Donner ses empreintes digitales. Montrer un certificat à toute demande.

Le 11 septembre 1906, des milliers de personnes se rassemblèrent à l'Empire Theatre de Johannesburg.

Dans la salle, les participants firent le vœu de ne pas obéir à cette loi. Ensemble, et sans violence.

Ce fut le début du satyagraha, la résistance non violente à l'injustice.

La lutte dura des années. À partir de 1908, Gandhi fut emprisonné plusieurs fois. En 1910, il fonda la ferme Tolstoï, pour accueillir les familles des résistants en prison.

Fin 1913, il mena une marche depuis Newcastle. Il fut arrêté. En janvier 1914, un accord avec Smuts abolit enfin la taxe de trois livres.

En juillet 1914, il quitta l'Afrique du Sud.

Mais son histoire sud-africaine a aussi une part d'ombre, que rappellent les historiens Ashwin Desai et Goolam Vahed. En Afrique du Sud, il désignait les Africains noirs par un terme méprisant. Ses campagnes ne défendaient que les Indiens.

En 1906 pourtant, pendant la rébellion de Bambatha, ses ambulanciers soignèrent des Zoulous malades et mourants que des médecins blancs refusaient de soigner.

L'homme n'était pas d'un seul bloc. On peut le dire sans le juger, et sans l'oublier.

Il rentra en Inde en 1915. On l'appela Mahatma, la « grande âme ». Dès 1920, il dirigeait le mouvement pour l'indépendance. Les Britanniques l'emprisonnèrent plusieurs fois.

Le 30 janvier 1948, à New Delhi, Nathuram Godse le tua, pendant une veillée de prière.

Sa non-violence traversa les océans. Aux États-Unis, Martin Luther King Jr. s'en inspira.

Gandhi venait d'une tradition hindoue, pas de l'Ubuntu. Mais son satyagraha y fait écho : on résiste à l'injustice ensemble, sans frapper personne, parce que la force d'un peuple tient à ce lien.

Il reste de lui l'image d'une gare, en juin 1893. Un jeune homme sur le quai, un billet valable à la main, qui décide de ne plus céder sa place.

Sources

  1. Mohandas Karamchand Gandhi (South African History Online) www.sahistory.org.za
  2. Gandhi mène la campagne de résistance passive du satyagraha (South African History Online) sahistory.org.za
  3. Gandhi's first act of civil disobedience (History.com) www.history.com
  4. The South African Gandhi, recension de Wm. Roger Louis (The Wall Street Journal, 2016) hacusa.org

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