Sénégal, 1954
Cheikh Anta Diop
Historien et physicien sénégalais, Cheikh Anta Diop affirma dès 1954 que l'Égypte ancienne était peuplée de Noirs, puis défendit l'unité culturelle de l'Afrique noire. Ses thèses firent débat, et l'Université de Dakar porte aujourd'hui son nom.

Vies inspirantes · Penseurs de l'Ubuntu
C'était en 1946, à Paris.
Un jeune Sénégalais de vingt-trois ans arrivait dans la ville. Il venait étudier.
Il s'appelait Cheikh Anta Diop.
Il était né le 29 décembre 1923, à Thieytou, près de Diourbel, au Sénégal. Sa famille était wolof et musulmane, de la confrérie mouride.
Enfant, il avait appris le Coran à l'école traditionnelle. Puis il avait passé le baccalauréat colonial.
À Paris, il commença par les mathématiques supérieures. Puis il passa à la philosophie. En 1948, il obtint sa licence. En 1950, deux diplômes de chimie.
En 1951, il inscrivit un sujet de thèse sous la direction de Marcel Griaule. Sa question : qui étaient les Égyptiens prédynastiques ?
En 1954, il publia Nations nègres et culture. Il y affirmait que l'Égypte ancienne était peuplée de Noirs.
Diop devint l'un des historiens les plus controversés de son temps.
En 1959, il publia L'Unité culturelle de l'Afrique noire.
Il ne se contenta pas des livres. En 1953, il rencontra le physicien Frédéric Joliot-Curie. À partir de 1957, il travailla en physique nucléaire, au laboratoire que Joliot-Curie dirigeait au Collège de France.
En 1960, il obtint enfin son doctorat. L'université française le lui accorda, dit-on, avec réticence.
En 1966, à Dakar, à l'Institut fondamental d'Afrique noire, l'IFAN, il fonda un laboratoire de datation au carbone 14. Il dirigea ce laboratoire jusqu'à sa mort.
La même année, il reçut un prix au premier Festival mondial des arts nègres.
Puis vint le Caire. Du 28 janvier au 3 février 1974, l'UNESCO y réunit des savants pour débattre du peuplement de l'Égypte ancienne.
Les thèses de Diop y furent débattues. Les réactions allèrent de fortes objections à un soutien enthousiaste.
Il siégea au comité scientifique de l'UNESCO pour l'Histoire générale de l'Afrique. Il y écrivit le chapitre sur les origines des anciens Égyptiens.
Ses idées ont été vivement discutées. Des chercheurs ont critiqué ses sources, sa notion de race, ses comparaisons de langues. D'autres l'ont défendu.
Mais l'historien Ogot l'a résumé ainsi : Diop a arraché la civilisation égyptienne aux égyptologues pour la rendre à l'histoire africaine.
En 1981, il devint professeur d'histoire ancienne à Dakar. Dans son dernier livre, il appelait à « une nouvelle conscience africaine ».
En 1985, à Atlanta, aux États-Unis, on célébra pour la première fois une journée en son honneur.
Le 7 février 1986, Cheikh Anta Diop mourut subitement à Dakar. On l'enterra à Thieytou, son village natal.
L'année suivante, en 1987, l'Université de Dakar prit son nom.
Diop venait de la culture wolof, pas de l'Ubuntu. Mais son œuvre fait écho à l'Ubuntu sans s'y confondre : elle relie chacun aux siens, et à ceux qui sont venus avant.
Chaque étudiant qui entre aujourd'hui à l'Université Cheikh Anta Diop passe sous son nom.
Le nom de celui qui appelait à une nouvelle conscience africaine.
Sources
- Cheikh Anta Diop (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org
- Diop Cheikh Anta (1923-1986) (Encyclopædia Universalis) www.universalis.fr
- University Cheikh Anta Diop (Encyclopædia Britannica) www.britannica.com
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