Martinique et Algérie, 1961

Frantz Fanon

Psychiatre né en Martinique, Frantz Fanon dirigea un service à Blida, en Algérie, où il chercha à rejoindre l'univers culturel de ses patients. Il rejoignit ensuite le FLN et dicta Les Damnés de la terre.

Photo : Frantz Fanon with his medical team at Blida, 1953–1956 · Unknown author · Domaine public · via Wikimedia Commons

Vies inspirantes · Penseurs de l'Ubuntu

C'était en 1953, à Blida, en Algérie.

Un jeune psychiatre noir prit la tête d'un service de l'hôpital psychiatrique de Blida-Joinville. Il s'appelait Frantz Fanon.

Il venait de loin.

Il était né le 20 juillet 1925 à Fort-de-France, en Martinique. Son père était douanier, sa mère commerçante. Il était le troisième de quatre fils, dans une famille de huit enfants.

Au lycée Schœlcher, il découvrit la Négritude. Aimé Césaire y enseignait. Il ne fut jamais son professeur direct, mais il devint un guide.

En 1943, après le soulèvement de juin en Martinique, Fanon s'engagea pour combattre aux côtés de la France libre.

En mars 1944, il partit pour le Maroc. Là, dans les Forces françaises libres, il rencontra la discrimination raciale. Il en fut choqué.

Plus tard cette année-là, près de Montbéliard, dans le Doubs, il fut gravement blessé. On lui remit la Croix de guerre.

Après la guerre, il étudia la médecine et la psychiatrie à Lyon. Il fut reçu docteur en 1951.

Il se forma aussi à Saint-Alban, auprès du psychiatre François Tosquelles. Celui-ci insistait sur le rôle de la culture.

En 1952 parut Peau noire, masques blancs, qu'il avait écrit à Lyon.

Puis vint Blida.

Fanon fit appel à la sociothérapie pour rejoindre l'univers culturel de ses patients. Il forma les infirmiers et les internes.

En novembre 1954, la guerre d'Algérie commença. Fanon rejoignit le Front de libération nationale.

Il soigna des soldats français. Et des Algériens victimes de la torture.

En novembre 1956, il écrivit sa lettre de démission au ministre résidant. Une phrase en est restée :

« Il arrive un moment où le silence devient malhonnêteté. »
Frantz Fanon, lettre de démission, 1956, citée par Wikipédia (traduction libre)

En janvier 1957, il fut expulsé d'Algérie. Il s'installa à Tunis et écrivit pour El Moudjahid, le journal du FLN.

En 1960, le gouvernement provisoire algérien le nomma ambassadeur au Ghana. La même année, on découvrit qu'il était atteint de leucémie.

Soigné en Union soviétique, il connut une rémission. Il dicta alors un dernier livre : Les Damnés de la terre. Jean-Paul Sartre en écrivit la préface. Le livre parut en 1961.

Frantz Fanon mourut le 6 décembre 1961 à Bethesda, aux États-Unis. Il avait trente-six ans.

Une garde d'honneur algérienne porta son corps jusqu'au cimetière des martyrs d'Aïn Kerma, dans l'est de l'Algérie.

Fanon ne parlait pas d'Ubuntu. Mais son regard fait écho à cette sagesse sans s'y confondre : on ne guérit pas une personne en l'arrachant aux siens.

Un médecin venu d'une île des Antilles repose dans la terre d'un autre peuple, parmi ses martyrs.

Sources

  1. Frantz Fanon (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org
  2. Frantz Fanon (Encyclopædia Britannica) www.britannica.com

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