Afrique du Sud, 2007
Thaddeus Metz
Philosophe né aux États-Unis et établi en Afrique du Sud, Thaddeus Metz cherche à formuler l'éthique de l'ubuntu comme une théorie morale. Son livre A Relational Moral Theory (2022) est discuté dans le monde entier.
Vies inspirantes · Penseurs de l'Ubuntu
C'était en 2021, à l'Université de Pretoria, en Afrique du Sud.
L'université tenait une série de conférences d'experts, avec vingt-sept chercheurs. L'un d'eux était un philosophe né aux États-Unis. Il s'appelait Thaddeus Metz.
Son sujet tenait en une ligne : ce que l'ubuntu peut apporter à l'éthique philosophique.
Le mot ubuntu veut dire « humanité » dans les langues nguni d'Afrique australe. On l'emploie souvent pour dire l'essentiel : comment vivre, et comment traiter les autres.
Metz posa une question. Qu'ont en commun toutes les mauvaises actions ?
Les philosophes occidentaux répondent souvent : causer du tort, ou porter atteinte à l'autonomie de quelqu'un. Metz proposait d'écouter aussi la réponse de l'ubuntu. Selon lui, elle était plus attrayante.
Il le dit ainsi :
« Nous ne devrions pas limiter nos ressources intellectuelles à une seule tradition. »
Ce chemin avait commencé loin de Pretoria.
Thaddeus Metz était né en 1968. En 1997, il obtint son doctorat de philosophie à l'Université Cornell, aux États-Unis.
Puis il s'établit en Afrique du Sud. Sa question de recherche était celle-ci : comment la pensée africaine autochtone pouvait-elle aider à bâtir une théorie morale défendable ?
Il trouvait que les théoriciens occidentaux s'étaient trop peu intéressés aux cultures non occidentales, notamment africaines.
En 2007, il publia un article intitulé « Toward an African Moral Theory ». Vers une théorie morale africaine.
Il ne cherchait pas à rendre compte de la façon dont d'autres comprennent l'ubuntu. Il puisait, dans la pensée africaine, les aspects qui lui semblaient attrayants, pour en faire une théorie morale.
En 2011, dans une revue africaine des droits humains, il alla plus loin. Il proposa une nouvelle idée de la dignité humaine.
Pour lui, un être humain a une dignité parce qu'il est capable de communauté.
Et la communauté, c'est deux choses ensemble. S'identifier aux autres. Et se montrer solidaire d'eux.
Violer gravement les droits de quelqu'un, c'est abîmer cette capacité. Selon Metz, cette idée explique beaucoup d'éléments de la Déclaration des droits de l'Afrique du Sud.
Dans cet article, il citait Desmond Tutu : l'harmonie naît de relations proches et bienveillantes au sein du groupe.
Les années passèrent. De 2015 à 2019, il fut professeur distingué à l'Université de Johannesburg. En 2020, il devint professeur de recherche à l'Université de Pretoria.
Il travaillait aussi sur une autre grande question : le sens de la vie. Avec la philosophe Susan Wolf, on lui attribue d'avoir aidé à en faire un champ d'étude à part entière.
Il accompagna des doctorantes. Parmi elles, Mpho Tshivhase, première Africaine d'Afrique du Sud à obtenir un doctorat en philosophie. Et Doreen Sesiro, la première du Botswana.
En 2020, le magazine Prospect le compta parmi les cinquante grands penseurs du monde.
En 2022, Oxford publia son livre A Relational Moral Theory. Une théorie morale relationnelle : l'éthique africaine, sur le continent et au-delà. Des philosophes du monde entier en débattent.
L'ubuntu parle d'humanité, et cette humanité se vit dans les liens avec les autres. Metz a pris cette idée au sérieux, comme on prend au sérieux une grande théorie.
Un homme venu d'ailleurs avait écouté une tradition qui n'était pas la sienne.
Puis il l'avait portée jusqu'aux tables où le monde entier débat de ce qui est juste. Là, il avait fait une place à la pensée africaine.
Sources
- Thaddeus Metz (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org
- Expert lecture: « We should not restrict our intellectual resources to one tradition » (Université de Pretoria, 2021) www.up.ac.za
- Ubuntu as a moral theory and human rights in South Africa (African Human Rights Law Journal, 2011) www.ahrlj.up.ac.za
- Ubuntu's implications for philosophical ethics (Université de Pretoria, Research Matters, 2021) www.up.ac.za
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