Nouvelle-Écosse, 1946
Carrie Best
À New Glasgow, en Nouvelle-Écosse, Carrie Best fonda en 1946 The Clarion, un journal pour la communauté noire. Par ses mots, à l'écrit puis à la radio, elle combattit la ségrégation pendant des décennies.

Vies inspirantes · Canada et Québec
C'était en décembre 1941, à New Glasgow, en Nouvelle-Écosse.
Au Roseland Theatre, des lycéennes noires venaient d'être chassées de la section réservée aux Blancs. Carrie Best alla voir le propriétaire. Elle lui demanda de changer la règle. Il refusa.
Quelques jours plus tard, elle revint avec son fils, Calbert. Ils s'assirent au parterre.
La police les fit sortir. On les accusa de troubler la paix. Ils durent payer une amende.
Carrie Best ne s'arrêta pas là. Elle intenta une poursuite. L'audience eut lieu le 12 mai 1942. Elle perdit, et fut condamnée aux frais.
Elle avait perdu. Elle n'avait pas fini.
Elle était née à New Glasgow le 4 mars 1903. Ses parents, James et Georgina Prevoe, avaient peu étudié, mais ils tenaient à l'instruction.
Elle écrivit ses premiers poèmes à quatre ans. Adolescente, elle envoyait déjà des lettres d'opinion aux journaux.
À cette époque, aucune école d'infirmières du Canada n'acceptait les Afro-Canadiens.
À la fin de la Première Guerre mondiale, une émeute raciale éclata à New Glasgow. Sa mère traversa la foule pour aller chercher son fils.
« Je vais à la Norfolk House chercher mon fils. »
En 1925, Carrie épousa Albert Best, porteur de wagons-lits. Ils eurent un fils, Calbert, et accueillirent aussi des enfants en famille d'accueil.
Puis vint 1946.
Avec Calbert, elle fonda The Clarion. Au début, ce n'était qu'une petite feuille, un bulletin pour la communauté noire de New Glasgow. Ce fut le premier journal publié en Nouvelle-Écosse expressément pour ses citoyens noirs.
Viola Desmond avait été arrêtée pour s'être assise aux places réservées aux Blancs. Au même Roseland Theatre de New Glasgow.
Dans The Clarion, Carrie Best demanda aux lecteurs d'aider à payer les frais de Viola Desmond. Desmond ne fut graciée qu'en 2010.
En 1956, le journal devint The Negro Citizen et fut diffusé à travers le pays.
Carrie Best prit aussi le micro. À partir de 1952, son émission de radio, The Quiet Corner, fut diffusée pendant douze ans sur quatre stations des Maritimes. De 1968 à 1975, elle signa une chronique intitulée « Human Rights » dans le Pictou Advocate.
En 1975, elle fonda la Kay Livingstone Visible Minority Women's Society, qui offrait des bourses aux femmes noires. En 1977, à 74 ans, elle publia son autobiographie, That Lonesome Road.
Elle devint membre de l'Ordre du Canada en 1974, puis officière en 1979.
Carrie Best mourut le 24 juillet 2001 à New Glasgow. Elle avait 98 ans.
Sa façon de tenir ensemble toute une communauté par les mots fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre : quand l'une est mise à la porte, c'est l'histoire de tous.
Un jour de 1941, on l'avait expulsée d'un parterre de cinéma. Puis elle avait écrit, pendant des décennies.
Sources
- Carrie Best (L'Encyclopédie canadienne) thecanadianencyclopedia.ca
- Carrie Best (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org
- Les années du Clarion (Carrie M. Best : A Digital Archive, Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse) www.parl.ns.ca
- L'émeute de New Glasgow (Carrie M. Best : A Digital Archive, Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse) www.parl.ns.ca
Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.