Québec, 1967
Alanis Obomsawin
Abénakise d'Odanak, Alanis Obomsawin réalise des documentaires à l'Office national du film depuis 1967. Ses films donnent la parole aux Premières Nations sur leurs propres histoires.

Vies inspirantes · Premières Nations et Sept générations
C'était en juillet 1990, au Québec.
Une femme de cinquante-sept ans écoutait la radio. On annonçait des coups de feu à Kanehsatà:ke, près d'Oka.
Ce jour-là, elle n'alla pas travailler. Elle prit sa voiture et roula vers Kanehsatà:ke.
Elle s'appelait Alanis Obomsawin. Elle était cinéaste.
Elle était née le 31 août 1932, près de Lebanon, au New Hampshire, pendant une éclipse de soleil.
Elle grandit à Odanak, une communauté abénakise près de Sorel. Elle y parlait l'abénakis. Une cousine de sa mère lui apprenait des histoires et des légendes.
Vers neuf ans, elle partit avec ses parents pour Trois-Rivières. À l'école, elle était la seule enfant autochtone. On l'intimidait.
À douze ans, elle perdit son père, emporté par la tuberculose.
Plus tard, à Montréal, elle devint chanteuse et conteuse. En 1960, elle chanta au Town Hall de New York. Elle partit en tournée avec des chansons apprises dans son enfance.
En 1966, une émission de la CBC parla d'elle. À Odanak, elle menait un projet : construire une piscine.
En 1967, des producteurs de l'Office national du film, Wolf Koenig et Bob Verrall, l'invitèrent à conseiller un film sur les peuples autochtones.
Elle entra à l'ONF.
En 1971, elle réalisa son premier documentaire, Christmas at Moose Factory. Ensuite, presque un film par année.
En 1984, elle montra le raid de la Sûreté du Québec chez les Mi'gmaq de Listuguj, dans Incident at Restigouche.
Puis vint l'été 1990.
À Kanehsatà:ke, les Kanien'kehá:ka, les Mohawks, s'opposaient à un terrain de golf sur leurs terres. Le conflit devint un affrontement armé. D'un côté, la police du Québec et l'armée canadienne. De l'autre, les Kanien'kehá:ka.
Alanis Obomsawin passa derrière les lignes kanien'kehá:ka. Elle y resta soixante-dix-huit jours. Parfois avec une petite équipe. Parfois seule.
« C'était une zone de guerre », dira-t-elle.
En septembre, la veille de la sortie des guerriers kanien'kehá:ka, elle quitta la Pinède. Elle devait faire passer ses bobines de film devant les soldats.
En 1993, elle présenta Kanehsatake : 270 ans de résistance, tiré de plus de 250 heures de pellicule. Le film reçut plus d'une douzaine de prix. Le premier documentaire couronné meilleur long métrage canadien au festival de Toronto.
Jesse Wente parla d'un film charnière dans l'histoire du cinéma des Premiers Peuples.
Elle ne prétendait pas être neutre. Elle disait qu'elle ne pouvait pas cacher son point de vue. Mais elle disait aussi :
« Ce n'est pas mon film, c'est l'histoire de quelqu'un d'autre. »
En 2010, elle revint sur sa propre enfance avec When All the Leaves Are Gone, un film en partie autobiographique sur Trois-Rivières.
Elle présida aussi un refuge pour femmes autochtones à Montréal.
Les honneurs vinrent : le Prix du Gouverneur général en 2001, le titre de Compagne de l'Ordre du Canada en 2019, le prix Glenn-Gould en 2020.
En 2023, à quatre-vingt-onze ans, elle avait achevé 56 films et en préparait deux autres. En 2025, elle sortit My Friend the Green Horse.
Sa façon de filmer repose sur l'écoute de chaque communauté, de chaque Nation, abénakise, mi'gmaq, kanien'kehá:ka. Elle fait écho à l'Ubuntu sans s'y confondre : une histoire n'existe vraiment que lorsqu'elle est rendue à ceux qui l'ont vécue.
En septembre 1990, une femme quitta la Pinède avec ses bobines de film.
Dedans, il y avait la voix des autres.
Sources
- Alanis Obomsawin (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org
- Alanis Obomsawin, lauréate (Indspire) indspire.ca
- Kanehsatake : 270 ans de résistance (Office national du film) www.onf.ca
- At Ninety-One, Alanis Obomsawin Is Not Ready to Put Down Her Camera (The Walrus, 2023) thewalrus.ca
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