Québec, 2009
Joséphine Bacon
Née à Pessamit, Joséphine Bacon est une poète innue qui écrit en innu-aimun et en français. Traductrice auprès des aînés pendant des décennies, elle a fait entendre leur parole et celle du territoire dans des recueils comme Bâtons à message.

Vies inspirantes · Premières Nations et Sept générations
C'était vers 1968, à Montréal.
Une jeune femme innue arrivait en ville. Elle cherchait du travail. Elle avait du mal à en trouver.
Elle s'appelait Joséphine Bacon.
Elle était née le 23 avril 1947, à Pessamit, sur la Côte-Nord du Québec.
Ses cinq premières années, elle les passa sur le territoire, avec sa famille. Dans le Nutshimit, l'arrière-pays, selon le mode de vie traditionnel innu.
À cinq ans, on l'envoya au pensionnat indien, près de Sept-Îles. Elle y resta quatorze ans.
Là-bas, elle rencontra des Innus de toute la région. Mais elle n'y apprit pas les récits de son peuple. Ces histoires-là, elle ne les apprendrait que plus tard, grâce à des anthropologues.
En sortant, elle partit pour Québec. Elle voulait devenir secrétaire. Elle étudia six mois à Ottawa.
Puis vint Montréal. Et un travail.
Des anthropologues étudiaient les Innus. Ils interrogeaient des aînés, au Québec et au Labrador. Ils avaient besoin de quelqu'un pour traduire et transcrire. Joséphine devint cette personne.
Elle travailla avec l'anthropologue Sylvie Vincent. Avec elle, elle se rendit à Natashquan.
Là, les aînés lui firent redécouvrir les récits traditionnels. Elle retrouva une part de son identité innue.
Elle réapprit la langue du Nutshimit. Celle qui ne sonne pas pareil sur le territoire et dans la réserve.
Pendant quarante ans, elle fut traductrice, interprète, et enseignante de l'innu-aimun. Dès les années 1970, elle accompagna les chercheurs dans les communautés innues.
Elle apprit aussi le cinéma, à l'Office national du film. Son premier documentaire racontait une rencontre entre des aînés innus et des mères de clan de Kahnawake. Ce film, aujourd'hui, est perdu.
Un jour, elle commença à griffonner. Des mots qui étaient en elle. Son amie, la poète Laure Morali, l'amena vers la poésie.
Puis vint Bâtons à message, Tshissinuatshitakana. Un livre écrit dans deux langues, l'innu-aimun et le français, publié par Mémoire d'encrier. Il fut suivi d'autres recueils : Un thé dans la toundra, Uiesh, Nin auass, Kau Minuat.
Ses poèmes rendent hommage aux aînés, au Nutshimit, et à ses cinquante années à Montréal.
Elle enseigna l'innu-aimun à l'Institution Kiuna, à Odanak. Elle fut aînée en résidence à l'UQAM.
En 2020, la cinéaste Kim O'Bomsawin lui consacra un documentaire : Je m'appelle humain. Car en innu-aimun, « innu » veut dire « humain ».
Sa façon de vivre parmi les siens, en recevant des aînés pour transmettre à son tour, fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre. Elle appartient à la tradition innue, à sa langue, à son territoire.
Les honneurs sont venus. En 2016, l'Université Laval lui remit un doctorat honorifique en anthropologie. En 2022, elle devint officière de l'Ordre national du Québec. En 2023, officière de l'Ordre du Canada.
Une jeune femme qui écoute des aînés, à Natashquan. Et, des années plus tard, des livres où l'innu-aimun et le français se tiennent côte à côte, page après page.
Sources
- Joséphine Bacon (L'Encyclopédie canadienne) thecanadianencyclopedia.ca
- Joséphine Bacon (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org
- Joséphine Bacon, doctorat honoris causa (Université Laval) www.ulaval.ca
- Je m'appelle humain (Festival Cinemania) festivalcinemania.com
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