Fil 02 · Technologie et déshumanisation · 6 novembre 2026 · 2 min de lecture
Un peu d'âme
Dans un temple japonais vieux de 450 ans, un prêtre bouddhiste célèbre des funérailles pour des chiens robots. Leurs pièces serviront à soigner d'autres chiens, chez d'autres familles.

Le grenier à récits
C'était le 26 avril 2018, à Isumi, à l'est de Tokyo.
Dans le temple Kofukuji, vieux de 450 ans, l'encens montait. Un prêtre, Bungen Oi, récitait un sutra.
Devant lui, alignés, il y avait 114 petits chiens. Des chiens en plastique et en métal. Des AIBO.
Chacun portait une étiquette. On pouvait y lire d'où il venait, et à quelle famille il avait appartenu.
Leur histoire avait commencé en 1999. Cette année-là, Sony mit en vente son premier chien robot. Plus de 150 000 furent vendus.
Puis, en 2014, Sony ferma sa clinique de réparation.
Une propriétaire de 70 ans, Hideko Mori, raconta plus tard : « Je n'avais jamais pensé que sa vie avait une limite » (traduction libre).
D'anciens ingénieurs de Sony prirent le relais. Avec une petite entreprise, A FUN, ils réparaient ces chiens.
Mais il n'existait plus de pièces neuves. Pour soigner un chien, il fallait des pièces venues d'un autre chien, qui ne marchait plus.
Mais avant de démonter un chien, on lui disait adieu. « Nous ne prenons pas les pièces avant d'avoir tenu des funérailles », expliqua leur responsable, Nobuyuki Norimatsu (traduction libre).
La première cérémonie eut lieu en 2015, pour 17 chiens. En 2018, environ 800 avaient été accompagnés ainsi.
Les familles écrivaient des lettres. L'une d'elles disait :
« Les larmes me sont montées aux yeux quand j'ai décidé de lui dire adieu. »
La même lettre demandait aussi : « Aidez d'autres AIBO, s'il vous plaît. »
Le prêtre, lui, ne voyait rien d'étrange dans ce rituel. « Toute chose a un peu d'âme », dit-il (traduction libre).
Un chien de métal ne ressent rien. Mais l'amour qu'on lui a donné, lui, était bien réel. Et ce dernier geste, donner ses pièces pour qu'un autre chien reprenne vie chez une autre famille, ressemble beaucoup à ce que dit l'Ubuntu : ce qui nous a été donné continue en passant à d'autres.
On croit souvent que la technologie nous rend froids.
Ce jour-là, dans un vieux temple, elle rappelait surtout à quel point nous savons aimer.
Et vous ?
Quel objet, dans votre vie, porte un peu de l'amour de quelqu'un ? À qui pourriez-vous, un jour, le transmettre ?
Chiffres
Sources
- Fido funeral: In Japan, a send-off for robot dogs (AFP / The Jakarta Post, 2018) www.thejakartapost.com
- In Japan, a Buddhist Funeral Service for Robot Dogs (National Geographic, 2018) www.nationalgeographic.com
- In Japan, robot dogs are for life -- and death (AFP / The Daily Star, 2015) www.thedailystar.net
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