Fil 02 · Technologie et déshumanisation · 1 novembre 2026 · 2 min de lecture
Mettre les oubliés sur la carte
Un soir de février 2016, à Paris, une soixantaine de bénévoles tracent en trois heures plus de 4 000 bâtiments en Ouganda. Avec un ordinateur, chacun peut aider à soigner.

Le grenier à récits
Un jeudi soir de février 2016, dans un hôtel du centre de Paris, une soixantaine de personnes ouvrent leur ordinateur portable.
Elles ne se connaissent pas toutes. La plupart ne sont ni géographes, ni médecins. Pendant trois heures, elles regardent des images satellites de l'Ouganda. Et, du bout de la souris, elles tracent ce qu'elles voient : des toits, des routes, des sentiers.
À la fin de la soirée, elles ont ajouté plus de 4 000 bâtiments et près de 170 kilomètres de routes sur la carte.
Ce soir-là s'appelle un mapathon, un marathon de cartographie.
À l'ère des cartes dans nos téléphones, on oublie que des millions de personnes vivent dans des lieux qui ne figurent sur aucune carte. Pas de nom de rue. Pas de bâtiment dessiné. Pour les secours, ces gens sont presque invisibles.
Or, pour lutter contre une épidémie, il faut savoir où vivent les gens. Où sont les maisons, les puits, les chemins.
C'est pour cela qu'est né, le 7 novembre 2014, le projet Missing Maps, les « cartes manquantes ». Il réunit Médecins Sans Frontières, la Croix-Rouge britannique, la Croix-Rouge américaine et l'équipe humanitaire d'OpenStreetMap, une carte libre que tout le monde peut modifier. Le lancement a lieu le même soir dans sept pays, dont le Canada.
Le travail se fait en deux temps. Partout dans le monde, des bénévoles tracent les rues et les bâtiments à partir d'images satellites. Puis, sur place, des gens du coin parcourent les quartiers, carte imprimée à la main, pour noter le nom des rues et des lieux.
À Lubumbashi, en République démocratique du Congo, ce sont des étudiants de l'université locale qui font ce travail de terrain.
En 2014, les cartes ont aidé les équipes à trouver les communautés à risque pendant l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest. En Haïti, des cartes de MSF ont montré que les pics de choléra suivaient les coupures du réseau d'eau, ce qui a aidé à obtenir des réparations urgentes.
Au début de 2016, Missing Maps comptait déjà plus de deux millions de bâtiments cartographiés. Selon l'un de ses fondateurs, Dale Kunce, cela représentait 14 millions de personnes ajoutées sur la carte.
Il n'y a rien à acheter. Il faut seulement un ordinateur, un compte gratuit et un peu de temps. Un employé de la Croix-Rouge britannique, Andrew Braye, l'a résumé ainsi :
« Le temps et le savoir-faire sont les dons. »
On dit souvent que la technologie nous éloigne les uns des autres. Ici, elle relie un salon de Montréal à une ruelle de Lubumbashi. Une heure de souris peut aider une équipe à frapper à la bonne porte.
Et vous ?
Et si vous donniez une soirée ce mois-ci ? Un mapathon près de chez vous, ou une heure en ligne, depuis votre salon ?
Chiffres
Sources
- Volunteers Map the Planet's Remote Areas for Aid Workers (VICE News, 2016) www.vice.com
- Online volunteers around the world map way to better disaster response (MSF, 2014) msfsouthasia.org
- How MSF is mapping the world's medical emergency zones (Field Exchange, ENN, 2015) ennonline.net
- Missing Maps (MSF Royaume-Uni) msf.org.uk
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