Fil 07 · Solitude numérique · 1 septembre 2026

Vieillir loin de sa langue

Près d'un aîné canadien sur cinq se sent seul. Pour ceux qui ont immigré à l'âge adulte, la solitude a souvent l'accent d'une langue que plus personne ne parle autour d'eux.

1 · La scène

Salle d'attente d'un CLSC, un mardi matin. Une grand-mère tend son téléphone à sa petite-fille : un texto de rappel de rendez-vous, en français. La jeune fille traduit à voix basse, puis file vers l'école.

La grand-mère reste seule avec son numéro. Autour d'elle, on parle, on rit, on se plaint de la météo. Elle comprend les gestes, pas les mots. Quand l'infirmière l'appelle, elle se lève trop vite, soulagée qu'on ait enfin prononcé son nom.

Vignette originale

2 · Le cas documenté

La solitude ne se compte pas en nombre de colocataires

En juillet 2023, une étude de Statistique Canada publiée dans les Rapports sur la santé (données 2019-2020) estimait qu'environ 1,1 million de personnes de 65 ans et plus, soit 19,2 %, se sentaient seules. Les aînés arrivés au Canada à l'âge adulte, entre 18 et 44 ans, présentaient un risque plus élevé que ceux nés ici. L'étude ne mesurait pas séparément le rôle de la langue, mais d'autres données éclairent la question.

À Montréal, le portrait dressé par la Direction régionale de santé publique à partir du recensement de 2016 comptait près de 130 000 aînés immigrants, soit 44 % des aînés de la ville. Parmi eux, 14 % ne parlaient ni français ni anglais. Paradoxe : ils vivaient moins souvent seuls que les aînés nés au Canada (27 % contre 44 %). On peut donc être entouré de sa famille et rester seul dans sa tête, faute de voisins, de médecins ou d'amis avec qui partager ses mots.

Des organismes de quartier, des bibliothèques et des lieux de culte multiplient les cafés-rencontres et les groupes dans la langue d'origine. Ils rappellent une chose simple : une conversation, même brève, est une forme de soin.

19,2 %des 65 ans et plus se sentaient seuls au Canada (2019-2020)
44 %des aînés montréalais étaient immigrants (2016)
14 %d'entre eux ne parlaient ni français ni anglais

3 · La voix

« J'avais beaucoup d'amis en Chine continentale, mais maintenant, on ne pouvait plus se voir. »
Xihong Liu, aînée immigrante à Calgary, CTV News, 2023 (traduction libre)

4 · La question

Si je suis parce que nous sommes, qui devient-on quand plus personne autour ne parle notre langue ?

Sources

  1. « Immigrant status and loneliness among older Canadians », Rapports sur la santé (Statistique Canada, 2023) www150.statcan.gc.ca
  2. Les conditions de vie des aînés immigrants, Montréal 2016 (DRSP de Montréal et TCAÎM) ccsmtlpro.ca
  3. Immigrant seniors lonelier than those born in Canada (CTV News Calgary, 2023) calgary.ctvnews.ca

Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.

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