Fil 03 · Racisés mais humains · 23 septembre 2026

Une mère qu'on n'a pas crue

Le soir où son fils Colten Boushie est mort, des policiers ont traité Debbie Baptiste en suspecte. Un organisme de surveillance a conclu à de la discrimination.

1 · La scène

Un soir de novembre, à Trois-Rivières. Au bout du corridor des soins intensifs, une infirmière de nuit sait déjà ce qu'elle doit annoncer à l'homme qui attend, sa casquette entre les mains.

Elle ne reste pas debout. Elle tire une chaise, s'assoit à côté de lui, attend qu'il la regarde. Puis elle dit le prénom de son fils avant de dire le reste. Plus tard, il ne se souviendra pas des mots exacts. Il se souviendra qu'elle s'était assise, et qu'elle n'avait pas regardé l'heure.

Vignette originale

2 · Le cas documenté

Le soir où l'on a soupçonné une mère

Le 9 août 2016, Colten Boushie, un jeune Cri de 22 ans de la Première Nation de Red Pheasant, est tué d'une balle sur une ferme de la Saskatchewan. Le 9 février 2018, un jury entièrement blanc acquitte le propriétaire de la ferme des accusations de meurtre et d'homicide involontaire. Pendant la sélection, la défense avait utilisé cinq récusations péremptoires, sans avoir à se justifier, pour écarter des candidats jurés visiblement autochtones.

Le soir du drame, des policiers de la GRC se sont présentés chez la mère de Colten, Debbie Baptiste. Selon la Commission civile d'examen et de traitement des plaintes relatives à la GRC, ils ont entouré la maison, donné très peu d'information sur la mort de son fils et fouillé les lieux. Un agent lui a demandé si elle avait bu ; au moins un autre a senti son haleine. En mars 2021, la Commission conclut que ce traitement constituait de la discrimination fondée sur la race et formule 17 recommandations. La commissaire de la GRC a accepté ce constat.

Le pays a aussi changé ses règles. Depuis le 19 septembre 2019, les récusations péremptoires sont abolies dans les procès devant jury, une réforme que la Cour suprême a jugée constitutionnelle en 2021 (R. c. Chouhan). Il reste le plus difficile : que chaque famille autochtone soit accueillie, au pire moment de sa vie, comme une famille en deuil, et non comme une suspecte.

17recommandations de la Commission civile, mars 2021
5récusations péremptoires utilisées par la défense en 2018

3 · La voix

« Ils ont aggravé sa souffrance en la traitant comme si elle mentait. »
Commission civile d'examen et de traitement des plaintes relatives à la GRC, rapport sur l'enquête Boushie, 2021 (traduction libre)

4 · La question

Au moment le plus fragile d'une vie, qu'est-ce que cela change d'être accueillie comme une mère plutôt que comme une suspecte ?

Sources

  1. Dossier sur l'affaire Colten Boushie (L'Encyclopédie canadienne) thecanadianencyclopedia.ca
  2. Rapport de la Commission civile sur la discrimination envers la mère de Colten Boushie (Global News, 2021) globalnews.ca
  3. Rapport sur l'enquête de la GRC dans l'affaire Boushie (La Presse canadienne, CJME, 2021) www.cjme.com
  4. R. c. Chouhan, 2021 CSC 26 (Cour suprême du Canada, 2021) www.scc-csc.gc.ca

Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.

Mots-clés

À lire aussi

Fil 03

231 appels, et une chandelle par nom

En 2019, l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a lancé 231 appels à la justice. Des années plus tard, les familles comptent encore ce qui reste à faire.

Lire
Fil 05

Jordan d'abord : quand l'enfant passe avant la paperasse

Mort en 2005 pendant que deux gouvernements se disputaient la facture de ses soins, Jordan River Anderson a donné son nom à un principe simple : l'enfant d'abord.

Lire
Fil 05

Juger la personne, pas seulement le geste

Depuis les arrêts Gladue et Ipeelee, un juge doit tenir compte de l'histoire d'une personne autochtone avant de la condamner. Pourtant, les prisons fédérales n'ont jamais été aussi autochtones.

Lire