Fil 03 · Racisés mais humains · 29 septembre 2026
Les rouages invisibles : la douleur qu'on ne croit pas
De fausses croyances sur le corps des personnes noires circulent encore en médecine. Elles changent la façon dont on mesure leur douleur.
1 · La scène
Ce soir, je repense à cette phrase d'un ami : « Il y a une différence entre ce que l'on sait… et ce que l'on croit. » Je sais que le racisme systémique existe. Mais croire qu'il s'infiltre dans mes gestes, mes institutions, mes silences… c'est autre chose.
Les systèmes se maintiennent grâce aux règles invisibles, aux automatismes. Comme un logiciel qui tourne en arrière-plan. J'ai noté ceci : un système n'est pas un mur. C'est une habitude collective. Et toute habitude peut être changée.
Vignette originale
2 · Le cas documenté
La douleur qu'on ne croit pas
En 2016, une équipe de l'Université de la Virginie publie dans les Proceedings of the National Academy of Sciences une étude troublante. Elle interroge 222 étudiants et résidents en médecine blancs sur de fausses croyances : la peau des personnes noires serait plus épaisse, leurs terminaisons nerveuses moins sensibles, leur sang coagulerait plus vite. La moitié adhère à au moins une de ces idées.
Ces croyances ne restent pas abstraites. Devant des cas fictifs, ceux qui y adhéraient jugeaient la douleur d'un patient noir moins intense que celle d'un patient blanc, et leurs recommandations de traitement étaient moins justes. Ceux qui les rejetaient ne montraient pas ce biais.
Ces idées ont une longue histoire : la médecine a souvent traité la « race » comme une donnée biologique, jusque dans ses formules. En 2023, l'American Thoracic Society a recommandé d'abandonner les équations de spirométrie ajustées selon la race. Pour qu'un test respiratoire soit jugé anormal, elles exigeaient que les résultats d'un patient noir soient plus bas, parfois de 15 %, que ceux d'un patient blanc du même sexe, de la même taille et du même âge, au risque de retarder des diagnostics.
Ce qui a été appris peut être désappris. L'étude de 2016 le suggère : c'est sur ces croyances précises qu'on peut agir. Ubuntu rappelle au soignant que la douleur de l'autre le concerne. La croire, c'est déjà commencer à soigner.
3 · La voix
« nous sommes de nouveau devenus les gardiens de notre frère et de notre sœur »
4 · La question
Dans votre métier ou votre quotidien, quelle « évidence » héritée mériterait d'être vérifiée avant de décider pour quelqu'un d'autre ?
Sources
- ScienceDaily, communiqué de l'Université de la Virginie sur l'étude de Hoffman et al. (PNAS), 4 avril 2016. www.sciencedaily.com
- Université de la Virginie, Batten School, document de travail de Trawalter, Hoffman, Oliver et Axt. batten.virginia.edu
- American Thoracic Society, « ATS Publishes Official Statement on Race, Ethnicity and Pulmonary Function Test Interpretation », 2023. site.thoracic.org
- Nelson Mandela, discours de clôture de la 13e Conférence internationale sur le sida, 14 juillet 2000 (Polity). www.polity.org.za
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