Fil 03 · Racisés mais humains · 29 septembre 2026
Rester avec l'inconfort : le soupçon qui colle à la peau
À Montréal comme ailleurs au Canada, de jeunes Noirs sont plus souvent arrêtés et soupçonnés. Des chiffres qui dérangent, et qui demandent d'écouter.
1 · La scène
Ce soir, en lisant des chiffres qui dérangent, je sens une résistance en moi. Cette fragilité, me dis-je, n'est pas une faute morale. C'est un signal : apprends, écoute, ajuste.
Ubuntu murmure : reconnaître la douleur de l'autre, c'est aussi sauver la mienne. Alors, au lieu de me défendre, je m'approche. Au lieu d'expliquer, j'écoute. Aujourd'hui, je choisis de ne pas fuir l'inconfort.
Vignette originale
2 · Le cas documenté
Montréal, le soupçon de gang
Au recensement de 2021, les personnes noires formaient 4,3 % de la population canadienne. Pourtant, en 2021-2022, elles représentaient 9,2 % des personnes détenues dans les pénitenciers fédéraux, selon le Bureau de l'enquêteur correctionnel, qui souligne qu'il s'agit surtout de jeunes hommes.
À Montréal, les chercheurs Bernard et McAll ont étudié des dossiers de jeunes passés par le système de justice en 2001. Sur l'île, 26 jeunes Noirs sur mille avaient été arrêtés et poursuivis, contre 13 jeunes Blancs sur mille : deux fois plus. Dans 11 % des arrestations de jeunes Noirs de leur échantillon, le policier mentionnait un soupçon d'appartenance à un gang de rue. Aucun dossier de jeune Blanc ne contenait un tel soupçon.
Ce soupçon a un poids. Après la mort de Fredy Villanueva, en 2008, le criminologue Mathieu Charest, mandaté par le SPVM, a constaté que 30 à 40 % des jeunes hommes noirs de Montréal-Nord et de Saint-Michel avaient déjà fait l'objet d'une vérification d'identité, contre 5 à 6 % de leurs pairs blancs. La police gardait alors une banque d'environ 10 000 noms possiblement liés aux gangs, tout en estimant à quelque 500 le nombre réel de membres.
Ces écarts ne disent rien d'une nature différente : ils révèlent des regards plus soupçonneux. Et un regard, cela s'éduque. Chaque policier, juge, enseignant ou voisin qui choisit d'écouter plutôt que de présumer défait un peu de ce préjugé. Ubuntu rappelle que la justice n'est pas seulement une institution : c'est une manière de voir l'autre comme un membre de sa propre famille.
3 · La voix
« en droit de recevoir des membres de la communauté respect, dignité, valeur et acceptation inconditionnels »
4 · La question
Quand des chiffres bousculent votre image de la justice, qu'est-ce qui vous pousse à vous défendre, et que se passerait-il si vous choisissiez plutôt d'écouter ?
Sources
- Bureau de l'enquêteur correctionnel, document d'information sur le rapport annuel 2021-2022. oci-bec.gc.ca
- Statistique Canada, « By the numbers: Black History Month 2023 » (recensement de 2021). www.statcan.gc.ca:443
- L. Bernard et C. McAll, « La mauvaise conseillère : jeunes Noirs et système de justice », Revue du CREMIS, hiver 2010. stagingapi.cremis.ca
- CBC News, « How the myth of the Montreal street gang led to more street checks on Black youths », 2020. amp.cbc.ca
- Université McMaster, « Black people are overrepresented in Ontario's jails » (étude Owusu-Bempah et al., Race and Justice, 2021). fammed.mcmaster.ca
- Commission sud-africaine des droits de la personne, texte citant le juge Langa sur l'Ubuntu. www.sahrc.org.za
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